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University of Ottawa
http://www.archive.org/details/revuecomiqueluOOpari
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RKvrr. coArioiE
- TYI'0(iRAI'IlIE I.ACRAMTE FILS ET t'^
Rue niiiiiidlo. i.
rÂMEU DE LA KABRlglE d' ESSONNE.
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A. LiiiEiJx — c. cahaimki. — p. Miiini — i:. m; lA iiiniii.iii m; — litnAun m: nerval — etc., etc.
BERTALL — NAUARÇ) — tAimir/U S — (ITTU — l.dHEN rZ — BElil IN — yUILLENBOlS — ETC.
NOVE.MIîRt; 18'(8 — AVKIL 1849.
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IIICHKLIEU.
Li GBENOriIlE ET LE BOEIF.
— Exirait du PlPPET Show.
VISITE AL' LION DK W.UEKl.dO.
Dessiné par Schmit.
Gravé par Wii-U/'-MS.
NF.z Dr pniN*:E mt r rire pendant i..v lecture de l*artici.e (ï8 de la constititio.n,
AVRC CNE VCE DE SOS f ONrlUENT.
De5SttȎ par Otto.
Gravé par Bar\
Ce pelil Kouln^uel, doiil la l"raiice su moque, A du bonaparlisme arboré le drapiaii. Des brillanis s-ouvenirs, qi/avec bruit il évoque, Aux campaf^iiards séduils il présenlc l'appeau.
El pour mieux soutenir son candidat baroque, Astucieux serpent, il a chaulé de peau. Du vainqueur d'Auslerlilz il a pris la défroque : La redingotte grise et le petit chapeau.
La lorgnette à la main, en t;énoral habile,
Il contemple le champ, so'jiLé d'encie cl de bile.
Où combattent Bugeaud, Girardin et Viron.
Ce pygmée, affublé d'un harnais de bataille, Espère en vain grandir sa misérable taille; Mais ce n'est que le tiers d'un faux Napoléon
Dentsé pu Fashitzii-s.
GraTé pir BaDLAMT.
p. 6t.
Dïssiné par OTto
Voyez de ce dessin quel est le sens profond ; Dans ce chapeau fameux, mais qui n"a plus de fond, Si notre République, hélas! pique une léte, ta passant au travers comme un irait d'arbalète, Aux m;iins du parti rougo elle tombe d'un bond! Oui, bourgeois aveugles, gent débonnaire au fond, On peut vous le prédire, cl sans ôtre prophète, Si la Terreur revient, c'esl vous qui l'uurez faite.
Gr»v« par Ballant.
u Kii prùsprice de Dieu el deviiiit le [leuiile IVaiiÇiiis, je jur/ ilé r.'ster li.l^le a la Ukim iu,ic.in; riLMoiUAiiniF, une el iiiiliriMlile, e( île rvnipllr Iniis les drMiii-s i|iie iiriiiipiise la Ciinsliliilioii. n
Dessiné par OîTu.
Gravé par BiiIsuAtiK.
LE GATEAU DES ni'H DE ISl').
D?s^iné par Fabritzics.
Gravé par BauLant.
UN NOUVEAU 13 MAI,
-.1 Milla It'- pens qii
iii-liinil aiiMivliisles:
Da^iné par Xaiiard.
Gravé par Baulant.
, Blilil KVAHU Ill':s ITAI 11'.^
30 cciiflnici* la livralHoii.
hUP. mCOELIEV, ."là
iditlons de la Souscription. — La Revue comique formera un iniisnifique volume, grand in-8, publié en 30 livraisons à 30 centimes,
ir la poste, -iO centimes. — Pour tout ce qui concerne la direction, écrire [franco] à M. Lireui, au bureau de la Revue, 2, boulevard des
taliens.
i' nilTION. DVMINXHAT. BDITEVR, 53, HUK &ICBEI.IED. [re LivTaiSOn.
P.iri..— TirJ aux preoei mjfaniqne! àt Lickamph Hli «1 Comp., rue Uainielle,
QUKLQUES LIGNES DE PREFACE.
Dr COMIQUE ET DP SEBIEIX. — NOS INTENTIONS.
Ce n'est pas en France, dans le pajs où Haliekis, Montaigne et Voltaire ont écrit, qu'il est possible de nier que si le sérieux a son côlc comique, le comique puisse à son tour avoir son côté sérieux.
Nous n'étonnerons donc personne en disant que c'est aux esprits réfléchis, bien plus qu'aux esprits fri- voles de ce tennps-ci, que nous destinons notre recueil, et que, sous ce titre : Revue comique, nous entendons faire, sous une forme souvent légère, une œuvre au fond toujours sérieuse.
Le comique, en France, ce n'est pas Scapin seule- ment, Scapin est de tous les pays; c'est Akeste lui- même, c'est Figaro, c'est Timon, c'est ce qui est plai- sant jusque dans la colère, c'est ce qui est digne jus- que dans la plaisanterie, c'est ce qui est cruel, au be- soin, et implacable contre les pervers et les menteurs ; mais c'est aussi et surtout, hàlons-nous de le dire, la raison aimable, la gaieté du bon sens.
Dangers, misères, supplices, n'ont jamais fait fuir la gaieté de France. Pour l'Allemagne sentimentale, pour la chagrine Angleterre, le rire est un effort, un masque grimaçant, presque une inQrmité. Chez nous, le rire est un don de nature; il nous a sauvés bien souvent, il nous sauvera encore. C'est parce que nous savons rire que nous savons regarder en face un orage, et qu'au lieu de nous croiser les bras à l'heure du péril comme les Orientaux, qui ne rient jamais, nous savons courir aux pompes et dominer la tempête.
Rh quoi , nous dira-t-on, n'avez-vous pas d'yeux
pour voir ce qui se fait, pas d'oreilles pour entendre ce qui se dit, pas de cœur pour souffrir avec le pays des maux qui l'écrasent? Aurez-vous bien le courage de ru-e à l'heure où nous sommes, ne fut-ce que de ce rire dont parle la romance, lequel est bien souvent plus triste que les pleurs? Pleurez, au contraire, pleurez sans façon et devant tous ; pleurez sur la place publique, trépîgnez, tempèlez, étalez vos douleurs ; faites connue nous.
C'est une belle chose, il faut en convenir, que la violence, puisque, grâce à elle, les vérités, voire les meilleures, peuvent devenir odieuses, et qui pis est, ridicules. Aussi, de cette violence dont on nous offre de si beaux exemples, dont nous voyons de si piteux effets, aurons-nous soin de nous garder. Forte, sensée, intelligente, sûre de son passé et sûre de son avenir comme elle l'est, la France a horreur des colères inu- tiles ; ce qu'elle déteste par-dessus tout, même à l'heure où elle semble s'y montrer le plus attentive, c'est l'exagération dans la forme ; c'est la passion , quand cette passion est dans les mots seulement; c'est enfin le bruit sans la besogne, la fumée sans le feu.
Assurés que nous sommes que, pour un bon et \i- goureux pays comme le nôtre, il n'est point de mala- die sans remède, et qu'on peut dire de lui ce que saint Paul disait du peuple : « Qu'il peut être patient, parce qu'il est éternel; -o patiens quia œferniis , nous n'ajouteions pas à ses maux le mal qui est le pire de tous, celui qu'on a appelé le mal de la peur.
REVUE COMIQUE
Nous traiterons sérieusement, avec un zèle sym- pathique, ses maladies sérieuses, — ce n'est pas notre titre qui nous séchera les yeux, — mais nous ferons justice des maux factices, des misères artificielles, des plaies simulées ; nous eu débarrasserons la voie pu- blique, et nous dévoilerons sans merci les manœuvres effrontées de certains médecins en renom qui inventent des maladies pour avoir l'occasion de débiter leurs drogues et de l'aire avaler leurs remèdes à la foule crédule des malades imaginaires.
Nouveaux venus dans la carrière, nous n'avons d'en- gagement pris qu'envers la vérité. Ceux qui ont intérêt à la cacher, celle vérité, le sentiront bientôt. A une situation nouvelle, il faut des organes nouveaux comme elle; or, dans noire sphère, nous avons la pré- tention d'être un organe entièrement nouveau.
Et ce n'est pas, peut-être, un médiocre avantage. Dans une société aussi facile que la nôtre, où les liens se forment du moindre prétexte, de la moindre occa- sion, où l'on en vient à se saluer parce qu'on s'est re- gardé deux fois en se croisant dans une rue, tout passé, fùt-il le plus honorable, est une entrave, est un obsta- cle, est un empêchement, nos confrères le savent bien, à ce que la vérité puisse se dire.
Cet obstacle n'existe pas pour nous; nous sommes eu mesure d'être sincères, sans forfanterie comme sans impolitesse, sans manquer enfin à aucun de ces petits devoirs dont se compose la vie de riiomme bien élevé. .Nous allons partout; mais obscurs comme nous le sommes, on ne nous voit nulle part. — Nous serons donc des mieux informés. — Nous connaîtrons les hommes, nous connaîtrons les choses, nous sommes
en mesure de dire toutes les vérités qui sont bonnes à dire ; nous nous efforcerons de ne dire que celles-là , et de taire les autres, si tentés que nous puissions être de ne rien garder pour nous seuls. — Ou le voit, nous n'invoquons point notre passé, nous n'avons point d'aïeux; quand ou a aboli les tilres, ou ne nous a rien ôlé ; notre seul domaine, comme à vuus, chers lecleiii's , c'est l'avenir; — l'avenir, c'esl sur hii que nous détournerons vos yeux quand le présent sera trop douloureux. — Patience, le sang reviendra dans nos cœurs languissants; nos épreuves sont grandes : qu'importe, si notre courage les égale? tant mieux, s'il doit les surpasser et les vaincre ! il faut déchirer la terre pour y jeter une semence; la semence faite, l'hiver arrive ; pour qui n'aurait |)oint vu le laboureur, qu'y aurait-il à attendre de cette terre couverte en apparence de fiimas seulement! — et pourtant au prinlemps l'herbe se montre, les campagnes reverdis- sent et les épis se lèvent. Eli bien! la main de Dieu, sa main seule a pu Iroiibler l'Europe, et l'éitranier, comme il arrive aujourd'hui, sur ses vieux fondements ; ne croyez pas qu'il ait pu appartenir aux hommes seuls de décider tous ces grands mouvements; liez-vous-en à celle main redoutable; ses desseins vous sont cachés, mais ce n'esl pas en vain, croyez-le bien, qu'elle secoue les rois et les jieuples; dans ce sol, dans ces empires bouleversés, une semence mystérieuse est tombée d'en haut, à coup sûr; patience, l'heure de hi récolte que Dieu nous prépare sonnera à son tour. La Providence ne fait point de choses inutiles; si l'homme s'agite, c'esl, aujourd'hui comme toujours, que Dieu le mène.
(tO.
II.IJ STIIMIO.NS.
Le crayon a des droits, il a des ressources.qui ma'ii- ([uenl à la plume; sans son art notre lâche n'eût été qu'à moitié remplie ; avec le concours indispensable des dessinateurs les plus renommés de notre temps, et de quelques talents encore inconnus , mais qu'on nous saura gré de mettre en lumière, nous n'avons point à craindre de rester au-dessous de l'obligation que nous impose notre litre de lievue comique; et c'est sur cette coopération principalement que nous nous reposons du soin de justifier jusque dans son sens le plus étendu j'épithètc par laquelle n(piis avons caractérisé notre recueil.
nrùcc à ces deux éléments, la plume el le crayon, s'enlr'aidanl, se complétant l'une pour l'autre, il nous sera possible de rendre toute notre pensée , qui se ré-
sume dans celle proposition, laquelle n'est paradoxale que parce qu'il maïuiiie à notre langue un adjectif qui permette de séparer le comique noble du comique vulgaire: «Ecrire une Revue coniiijue à l'usage des gens sérieux; l'écrire à l'usage du vrai public, eu un mot, el non dans le but, Irop commun de nos joui's , de prôner, de servir i|ueliiue palrnu , quelque acleiir célèbre ou puissant. »
Disons encore, mais eu deux mots, que notre placi-, nous la demandons, non-seulement au salon , mais au coeur même de la maison, dans le foyer domestique, et que nous n'oublierons jamais , par conséquent, que notre public est un public de femmes aussi bien que d'hommes éclairés. '/./..
A I.ISACK DKS <;F.NS SI.IîIKMX.
SMM l'IKIUU;, SVIM VWL KT Lr:S Hll'l HFJCAINS 1)K LA VKILLK.
Il o>t tiii|i tard pour le dire aux ri'|iul)lii'ains de la veille; — mais eoiiime mieux vaut, dit-oii, tard que jamais, je le leur ilirai néanmoins : leur grand tort a été d'être cxelusifs : ils sont lomliés là dans un péclié (jui est vieux eoninie le monde ; je voudrais le leur faire sentit par un exemple.
Il y a eu autrefois, dans un coin du monde, une dou- laine de répnldiiains, c'est bien peu, un peu moins qu'en France, nous le reconnaissons, qui, sous le souffle puissant de l'un d'entre eux, se levèrent décidés à prê- cher la doctrine, alors bien nouvelle, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Parmi ces douze hommes, il V en avait deux remarquables entre les autres: l'un s'appelait Pierre, l'antre s'appelait Paul; Pierre était, et je vais le dire pour être compris, pour être actt el , Pierre était muge, j'iiilends qu'il aurait siégé par exemple à l'assemblée nationale de son pays, s'il y eût eu dans ce pays une assemblée nationale, à côté du ci- toyi'H l.edru-Rollin de cette assemblée. F.h bien ! Pierre disait à l'aul : « Nous sommes juifs, soyons fiers de l'être, ne baptisons que les juifs. »
.\ quoi Paul, qui, tout républicain de la veille qu'il était, n'était pas 7-ouge du tout, répondit ; « Pierre, mon ami, vous n'y pensez pas ; que ferons-nous du pauvre peuple de juifs que nous sommes? C'est sans doute un peuple do bonnes i-'ons, qui ont bien mérité
du monde entier; maiscniin depuis longtemps ils onl vécu bien opprimés, et si ce n'est qu'ils ont appris à souffrir et qu'ils n'ont peur ni de la mort, ni de la mi- sère, ni des cachots, pires que la mort et la misère, je ne vois pas qu'ils puissent à eux seuls suflire à tout ce qu'il nous faut faire ; il ne s'agit pas seulement aujour- d'hui de conspirer et d'aller en prison bravement, il faut que nous nous montrions au grand jour pour enseigner tout haut la doctrine de notre maître, l'organiser sur toute la terre, et la faire accepter de tous. Si nous ne sommes que des juifs pour cette divine besogne, nous n'en viendrons-jamais à bout. Croyez-moi, baptisons un peu les Gentils. Ces païens, je vous assure, ont du bon, et quand notre doctrine sera à eux, ils la défen- dront honnêtement. Ils aiment ce qui leur appartient, faisons leur une propriété commune avec nous, de notre sublime Évangile, et ils le défendront, comme de tout temps on a défendu ce qu'on sait être son bien.
Pierre se fit bien un peu tirer l'oreille; mais enfin c'était un brave homme ; c'était un grand saint. Il avait du bon sens comme tous les gens du peuple, quand on l'aidait à en avoir, et qu'on le mettait sur la route : il céda, et, au lieu de n'avoir à garder que les clefs de Jé- rusalem, il eut bientôt à garder les clefs du paradis.
Le conseil de saint Paul était bon.
00.
LES DEUX OMBRES ET LOriS->APOLÉO>'.
IMIIK. HK I. M.I.KMAMi.l
Entendez-vous dansl'air brumeux ce bruit étrange? 1 on dirait des hennissements lointains de chevaux. .Mi- nuit sonne ; c'est l'heure des ombres. Des cavaliers s'ariêlent devant la porte de cet hôtel. On ne k-s a point vus passer; d'où viennent-ils? Demandez-le au vieux dragon qui les garde. Comme ses yeux flam- boient sous son casque! Sa moustache est longue et blanche. 0 ciel ! le vent qui entr" ouvre son manteau ne me laisse apercevoir qu'un squelette. Minuit sonne ; c'est l'heure des ombres.
Un homme est assis dans une belle chambre, de- vant un feu pétillant. Son costume est celui d'un biil- lant cavalier qui revient d'une fêle. Sans doute, il a passé sa soirée au bal, ou au milieu d'un festin joyeux. Il jette un coup d'oeil distrait sur des lettres et des
journaux répandus sur sa cheminée; puis il se dit, avec un sourire : Je serai donc roi ! Et sa tète s'incline sous la fatigue du plaisir, sa paupière se ferme; il va s'endormir.
Tout à coup la porte s'ouvre avec un bruit solennel, des bottes éperonnées retentissent sur les tapis moel- leux. Une voix invisible jette successivement ces mots à l'écho, avec une lenteur majestueuse :
« L'Empereur !
" Le roi de Rome 1 «
Lhomnie du baf et du joyeux festin se lève en tres- saillant; il veut faire quelques pas en avant, puis il s'arrête. Ses janibes chancellent. Voyez comme son teint est pâle ; il tremble devant cette vision.
Cependant 1 Empereur déboulonne sa redingote
lŒVUE COMIQUK
grise ; il s'avance vers le loyer, et approche du feu ses grosses bottes, comme au bivouac d'Austerlitz. A côté de lui, un pâle jeune homme, vêtu d'un uniforme blanc, se tient debout, dans une attitude mélancolique. L'Empereur se lève, croise ses mains derrière son dos, et, marchant à grands pas dans l'appartement, il dit ; « Savez-vous, mon neveu, pourquoi je suis ici?
— Non, sire, répond le maître du palais,
— Pour vous en)pècher de fiiire une sottise, et de commettre un sacrilège. Ecoutez-moi bien.
« Vous réclamez mon héritage; mon héritage n'est à personne, pas même à cet enfant que voilà, et qui, pourtant, dans son berceau, porta le titre de roi de Rome, héritier de Napoléon ! Où est donc ma suc- cession ? Peut-on léguer, par-devant notaire, Arcole, Marengo, les Pyramides. Austerlitz, ^Vagram, Jlont- niirail? Vous me parlez d'un sénatus-consulte signé de ma main. Le temps a déchiré celte vaine formule, et le vent des révolutions en a emporté bien loin les débris. Savez-vous, mon neveu, quel est mon héritage, un héritage que nul ne peut revendiquer? ce sont les résultats de mon génie, les travaux de ma volonté. Des idées et des souvenirs, voilà tout ce que j'ai laissé après ma mort. Cet héritage, nul ne doit y prétendre, ma gloire ne peut plus se continuer ; si l'on y touche, on la ternit. La seule ambition qui convienne aux des- cendants des grands hommes est de se faire oublier. M'entendez-vous, mon neveu? »
Louis-Napoléon courba la tète.
Alors le roi de Rome, s'approclianl de lui, et mettant sa main dans la sienne, lui dit d'une voix douce : « Mon cousin, croyez-moi, ne touchez pas non |)lus à mon
héritage, cela vous porteiait malheur. Hélas! de quoi se composc-t-il? de quelques pleurs, qui ont coulé d'un œil de mère, en songeant à ma destinée d'orphe- lin. Cette couronne, que vous voulez placer sur votre tète, c'est le captif de Sainte-Hélène, c'est le captif de Vienne qui chacun vous en ont tressé la moitié. Ne convertissez pas les larmes et les regrets en monnaie électorale. Vous voulez régner par le droit du souvenir et de la pitié. Que restera-t-il au général Ronaparte et au duc de Heisclitadt lorsque vous aurez livré tout cela au vent de l'intrigue et de l'ambition? Me comprenez- vous, mon cousin? »
Louis-Napoléon courba la tète de nouveau.
« Vous n'hériterez ni de la gloire du père, ajouta l'Empereur, ni de la compassion généreuse qu'inspire le fils ; vous les déroberez. C'est à vous à voir ce que vous voulez faire. Adieu. »
Pour la troisième fois Louis-Napoléon courba la tête.
Cependant l'aube blanchit les rideaux de soie, le feu s'éleint dans le vaste foyer. Entendez-vous dans l'air brumeux ce bruit étrange? on dirait des hennissements de chevaux. Ils montent, ils montetit; on cesse de les entendre.
L'homme assis devant la cheminée se réveille, il jette des regards effarés autour de lui. « Sire, balbutie- t-il, sire... Puis, se rassurant peu à peu, il murmure avec im sourire : Ce n'était qu'un cauchemar, je serai empereur
— Silence, mon lils, dit un sage vieillard qui venait d'entrer, vous en disiez autant à Strasbourg et à Bou- logne. — Rappelez-vous toujours Ham et Londres. »
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Tiens, mou pclil, en voilà un qui t'ira uiieu\, il esl ukmh- l'um:
Dessiné par Bertall.
Oravé'par MlODERiiiH.
1^ B^k'Ui.aMi ) (LouAÂ-NaAaU'iT».)
REVUE COMIQUE
AUX CHr':FS de partis.
Si le spectacle que présente la France en ce nionieiit est triste et douloureux, c'est moins à cause de la pro- fondeur du mal dont elle souflVe, qu'à cause de la ma- nière dont ce mal se produit.
Si terrible qu'il soit, en clïut, il ne serait rien, car dans ce monde où tout passe, le mal passe comme le reste, s'il était le résultat de quelques-unes de ces pas- sions vigoureuses qui trouvent une excuse et une con- solation dans leur grandeur; mais celte excuse, cette consolation nous manquent absolument.
Reconnaissons-le : la Fi-ance s'ennuie encore ; son plus grand mal c'est son indifférence : et c'est par en- nui, rien que par ennui, et en quelque sorte par dés- œuvrement, que, tète baissée, elle peut se jeter dans un abîme, que le moindre effort de son bon sens et de sa volonté pourrait éviter.
11 semble que notre pauvre pays ne soit habité que par des somnambules, et qu'un génie malfaisant mette à profit cette léthargie pour égarer l'opinion publique en prolongeant son engourdissement.
Comment expliquer cet inexplicable vertige? Qui nous fera comprendre que quand tout le monde se dit : « Nous sommes perdus, si nous allons à cet in- connu, personne n'élève la voix, et que chacun, à la façon des musulmans, des sauvages et des idiots, se croise les bras en courbant la tète, comme si c'était écrit, comme si c'était fatal, inévitable.
Mais, fût-ce écrit, le fût-ce de la main de Dieu mê- me, il nous faudrait, pour l'honneur du nom français, protester. 11 faut que quelqu'un dise la vérité, et non pas le citoyen obscur que nous sommes; mais il faut qu'une voix, je ne sais laquelle, vienne sauver le pays, le secouer, le réveiller, lui dire qu'il se perd, et lui montrer l'abime des révolutions prêt à se rouvrir sous ses pas.
Cette voix, qui la fera entendre, puisque les hommes les mieux placés pour parler restent muets?
Si le peuple se trompe, désabusez-le, vous (|ui avez sa confiance !
Pourquoi Béranger se tait-il ? IN'a-t-il rien à dire au neveu de cet empereur jiour l'arrêter dans sa folie , pour lui apprendre qu'on n'est bien qu'à sa place, et que sa place n'est point où s'est assis son oncle? L'im- mortel chansonnier n'a-t-il rien à dire à ces paysans, à ces ouvriers, sur qui sa voix serait toute-puissante? Un mot de lui, une chanson peut-être, qui leur appren- drait à tous que Napoléon est mort, aussi bien que Henri IV, et qu'il ne saurait revivre dans aucun de ses descendants, ce mot suffirait à leur ouvrir les yeux; pourquoi ne le prononce-t-il pas ?
N'est-ce pas une trahison que ce silence? Une trahi" son, non pas contre la République seulement, mais contre la société tout entière, contre le sens commun, contre la dignité du pays, qui ne peut faire son dieu du hasard, et (]ui va se livrer au hasard.
Ce hasard, à qui peut-il profiter? A quoi servira- t-il à M. de Lamartine, par exemple, d'avoir ouvert le jeu? Le sort en est jeté, a-t-il dit; mais qui donc l'a jeté, ce sort, à la France, si ce n'est ceux qui auraient pu la garantir contre ses chances mauvaises qu con- traires?
Enivré, étourdi à Màcon, M. de Lamartine conipte- t-il encore pour son compte personnel sur Ifs bénélices de ce hasard ?
Hélas, non ! M. de Lamartine no sera pas président de la République; mais que lui importe? la France sera mal présidée ; elle souffrira, et il se consolera de son échec comme président, en coni|)tant les douleurs de celte France, ingrate envers lui, nous le reconnais- sons. 0 ambition! quelque légitime qqe tu sois, quand lu l'emportes dans un cœur sur l'amour du bien pu- blic, tu es un vice et non pas nue vertu !
Ainsi donc, meure le malade, si je ne suis pas son médecin 1
S'il y a des hommes coupables entre tous, ce sont, à coup sûi', ceux qui, ayant le droit de parler, ne com- prennent pas les devoirs que ce droit leur impose. Mais il y en a d'autres plus coupables encore; car ils font pis que de se taire, puisqu'ils disent le contraire de ce qu'ils pensent !
Eh quoi ! M. Tliicrs, il n'est pas un de vos griefs contre la Républi(|ue, contre le général Cavaignac, que vous honorez au fond de votre <àmc et qui n'aurait rien à craindre de vous, historien, j'en suis sûr ; il n'est pas un de ces griefs que vous n'ayez pu articuler, et vous n'osez pas dire tout haut ce que vous dites tout bas du pi'incc Louis-Napoléon...
Dans vos paroles, dans vos confidences, dans vos en- treliens demi-particuliers, préoccupé sans doute de l'idée de prolester, pour riionneui-de votre jugement, contre l'égarement d'une partie du pays, et de f.iire ainsi les réserves de votre bon sens, vous dites, de ce prétendant à la présidence, tout ce qu'il en faut dire |)0ur en détourner les honnêtes gens; vous le dites, et vous en dites plus môme qu'il ne faudrait, car votre es- prit gaulois n'a peur d'aucun des mots que chérissait Rabelais ; et vous ne rediriez pas un jour au pays, em- porté par la vérité, toutes les vérités dont vos mains sont pleines ! Si ce n'est pas une lAcheté, c'est bien pis, c'est un calcul. Ne pouvant être le premier, vous
A L'USAGE DES GENS SIÎRIF.JJX.
voulez que le premier soit aii-tlessotis de sa mission. — I,a Rt'piil)li(|iie sans vous, vous l'avez dit, vous lu voulez grotosiiiie. Prenez garde, M. iliicrs; prenez garde, le grotesque et le terrible se touilieiil dinis des temps cornnie les nôtres.
Braves bourgeois, qui croyons en M. Thiers, noni- monsdonc Napoléon ; M.Tliiei-s a besoin que la l'Vaiuc soit ridicule.
(Iroyez-voiis qu'on eût pu ramener M. Tbiers, et qu'en neeordant au pays, à son parti, tout ce qu'il eiU pu lui donner lui-même, il eiU été satisfait ? .^on.
Il n'y a qu'un président au monde qui eût pu conve- nir à M. Tbiers mieux que Napoléon, et ce président, c'eût été M. Tbiers lui-même. — Kst-ce notre faute si M. Thiers est impossible '?
Eh bien ! M. Tbiers, il y a des républicains qui va- lent mieux que vous. Entre Louis-Napoléon et vous;
je dis plus, entre .M. Bugeaud et Napoléon, entre M. Mole et Napoléon, entre tons et Napoléon, nous en connaissons qui n'eussent pas hésité.
L'histoire dira que, placé entre le bien du pays et sa perte, vous avez sciemment volé pour sa [Hile.
Votre calcul est faux, .M. Thiers : la révolution de Février vous avait laissé en arrière; mais debout en- core et possible encore , mais nécessaire, peut-ôlre , dans des temps, dans des conditions données. Larévo- lution nouvelle, celle que vous préparez avec tant d'im- prudence en appuyant un homme dont vous savez tout le néant, cette révolution passera par dessus vous en- core, mais c'est à terre qu'elle vous laissera.
r»a|)pelez-vous que votre conduite d'aujourd'hui donne aux honnêtes gens de tous les partis le droit de ne se souvenir que de vos fautes.
S. S.
L'habit ne Lut pas le moine.
10
RF.VIIF, COMIQl'E
CK QUE DIT M. THIF.RS QUAND II. DOUT
INE SKANCE DS MAliNÏTISMI- A I.A l'LACK SAlNT-(iEOECES.
Au iioiiibre des cliosos (jne niu M. l'Iiiers, il tant, il failiiil du moins placei' le magnétisme.
M. Thiers niait tout, nièmele sonimcil magnétiiiue, à plus forte raison niait-il qu'on pût faire |)arler de forée un homme endormi.
In habile et spirituel médecin de ses amis, résolu à venger le magnétisme, demanda à M. Thiers qu'il vou- lût bien se soumettre à une épreuve.
M. Thiers accepta.
C'était le soir même du jour oii le Constitutionnel venait de faire savoir à ses abonnés que M. Thiers ap- puyait la candidature du prince Louis.
51. Thiers s'assit, une jeune et aimable femme prit une plume et consentit à dresser le procès-verbal de la séance; — ce qu'elle lit aussi bien qu'un greliier l'eiU pu faire.
M. Thiers résista pendant cinq minutes à peine, à la puissance du fluide. — Après avoir li , plaisanté son médecin , son regard vert, si net et si brillant d'ordi- naire, se ternit; ses mains, ses jambes, toujours si peu calmes, si inquiètes, se fixèrent, sa tète tomba sur sa poitrine. — M. Thiers dormait.
« Cela ne prouve rien, dit sa femme, M. Thiers dort toujours. — Il dormait chez le roi ; il dort partout. »
M. Thiers est en effet l'homme le plus actif et le plus endormi qui se puisse voir ; entre la fièvre et le som- meil il n'y a pas pour lui de milieu.
(( Faites parler M. Thiers, » dit-on de toute ]iarl au magnétiseur.
Le savant opérateur prit les mains du malade, ap- puya solennellement son pouce sur son front, et s'a- di-essant au patient :
» Parlerez-vous ? lui dit-il.
— Oui, répondit .M. Thiers ; et avec ce oui, un long soupir s'échappa de ses lèvres. — Ici nous copions le procès-verbal.
Demande. « Qu'avez-vous fait ce soir ?
RÉPONSE. — J'ai fait une sottise.
D. — laquelle ?
R. — J'ai écrit pour le Constitutionnel vingt-cini] lignes, au bout desquelles je fais dire à ce journal qu'il faut appuyer la candidature du prince Louis.
D. — Vous regrettez donc de l'avoir fait?
R. — Oui et non. — J'eusse préféré ne rien faire du tout. — On m'a trop pressé. — Toute la responsabilité de cette élection va retomber sur moi pendant ces trois semaines ; et après qui sait ce qui arrivera ?
D. — Pourquoi avez-vous empêché le parti modéré d'avoir un candidat?
R. — Ils avaient pensé à Bugeaud au lieu de penser
à moi ; dans la réunion préparatoire Bugeaud avait eu presque toutes les voix. — Mole et moi presque rien.
D. — Pourquoi ne vous ctes-vous pas décidé à ap- ])iiyer le général (]avaignac ?
II. — Le général Cavuignac, de sa personne, me con- vient assez ; si j'étais femme je ne lui serais pas cruel.
1'. — Mais enfin pourquoi ne l'avez-vous pas appuyé?
R. — Le général Cavaiguac est un soldat; il est vif, il est prompt, il trouverait tout naturel (ju'on lui cédât ; et avec lui la défaite n'aurait ])as plus de mérite que la résistance.
D. — Que craignez-vous du général Cavaiguac ?
R. — Sa Réjuiblique serait sérieuse; avec le temps tous les intérêts du pays seraient venus de son côté. Le général Cavaignac, nommé, eût fait ses quatre ans , nous autres nous nous serions trouvés bientôt des chefs sans armée, sans parti.
D. — .\vez-vous pensé à M. de Lamartine?
R. — Ma foi non ; qu'il préside à .Màcon.
D. — Et à M. Ledru-Rollin?
R. — Si nous ne dirigeons pas bien le prince Louis, et si nous ne le faisons pas échouer en lieu sur , le tour de celui-là ou de quelqu'un des siens pourrait bien arriver.
It. — Kt à Raspail?
R. — Raspail ferait chérir Ledru-Rollin. Voilà bien ce qui m'in(|uiète ; je suis patriote au fond , et quand j'ai eu le tort de trop penser à moi, je le regrette. Si la République rouge arrive , ce sera notre faute. Le [irince Louis peut y mener.
1). — Pourquoi appuyez-vous le prince Louis ?
Ici M. Thiers lit un mouvement d'impatience, et ne répondit pas; ses lèvres remuèrent mais aucun son n'en sortit.
« Pourquoi ! » reprit le magnétiseur.
R. — Parce que son incapacité est notnire, parce qu'il est impossible, parce que c'est la révolution à re- faire, et que j'espère refaire cette révolution, qui nous a échappé une fois, pour notre compte à nous. Mais la referons-nous? Voyez Barrot, son parti l'abandonne, et les mienss'éloignent déjàde moi.
— Vous voulez donc renverser la Républiipic ?
— .Non, je veux la gouverner , (ju'on me la donne , je saurai la défendre ; j'accepte la République, mais je n'aime pas les républicains. Avec le prince Louis, c'est la lutte qui recommence, et avec la lutte tontes les incertitudes, mais aussi toutes les espérances de l'avenir. Dans six mois.... dans moins de six mois, i\i\\s cent jours peut-être... »
00.
Arrivée triomphale. — L'Oiseau conduit par un m-^e Vipill ird.
Roule (le Londres. — L'Oiseau reconduit par un u imiu ,1e Pa
Dessiné par Otto .
Gravé par Leblanc et Bailant.
15
REVUE COMIQUE
LES DKUX BONAPARTISTES.
Il- KiiNAi'MtiisTi': i>r i\ m:ii,i i: (ISÔ2)
«Citoyens! s'i'ci-iii Isiilorc l'imiiclion eu se lovant sur son siège, vuici le inoiiienl de lions ociuper de choses sérieuses.
— Oui, oui, répétèrent les antres convives, la pa- role est au citoyen Fumichon. »
Fumichon, toujours debout, déboutonna son liabif noir à larges basques, qui laissa voir en s'ouvraut ini gilet blanc à larges revers, passa la main dans ses longs cheveux, et continua en ces termes :
« Vous n'ignorez point, citoyens, quels projets cache ce simple pique-nique au Veau qui tette. L'avenir de la patrie ne ligure pas sur la carte; mais c'est de cet avenii' qu'il s'agit. Deux ans se sont écoulés depuis la révolution de Juillet; les moins clairvoyants ne peuvent s'y tromper : on veut escamoter cette magnanime ré- volution. Citoyens, le souirriioiis-nous?
— Non ! mille fois non.
— 11 faut donc renverser le gouvernement ingrat et perfide qui opprime la France. Nous sommes tons d'ac- cord sur ce point. Maintenant que mettrons-nous à sa place ?
— La République ! la République 1 Vive la Répu- blique !
— Ce cri a devancé ma pensée ; oui, citoyens, la République. (Test le seul gouvernement qui convienne désormais à la France.
— Permettez, messieurs, dit une voix qui partait de l'extrémité de la table , je proteste en faveur des droits du roi de Rome.
.\ussilôt tous les regards se dirigèrent du coté de l'interlocuteur. C'était un homme de quarante-cinq ans à peu près, vêtu d'une redingote bleue, le front orné d'une balafre transversale, les lèvres recouvertes d'une épaisse moustache noire entremêlée de quelques poils gris; l'air bonhomme et naïf au fond, malgré l'apparente dureté de ses traits. Il paraissait étonné de l'émotion excitée par ses paroles dans l'assemblée.
« Citoyens ! s'écria d'un ton véhément l'un des con- vives , il y a parmi nous des agents provocateurs, .le demande (|ue le citoyen qui vient de parler du roi de Rome soit tenu d'exhiber ses papiers.
— Rassurez-vous, reprit Isidore Fumichon, ce ci- toyen est mon oncle. .\mi de Laborie et des quatre sergents de la Rochelle ; compagnond'armesde Vallée, conspirateur dans l'âme, ennemi juré des Bourbons, à quelque branche qu'ils appartiennent, j'ai cru qu'il ne serait pas déplacé dans notre réunion. On ne saurait mettre en doute la pureté de ses sentiments et de ses
intentions. (Test à nous maintenant de le convaincre, et de lui prouver qu'il se trompe. Quoiqu'il ait eu les pieds gelés en Russie, qu'il ait reçu un coup de sabre à Luizen, nue balle à Montmirail, et qu'on l'ait laissé pour mort h Waterloo , il n'est point inaccessible à la persuasion. Voyons, mon oncle Jollivet, quels sont les droits du roi de Rome à gouverner la France'!
— Ses droits, il les tient de sa naissance.
— Cela veut dire (|u'il est (ils de son jière. Rel ar- gument ! Est ce que le génie se transmet par voie de succession'! D'ailleurs le roi de Rome n'existe plus depuis longtemps, il a été remplacé par le duc de Reischtadt. Est-ce que vous obéiriez à un homme qui vous dirait : En afant, marche ! Rordez, armes ! hre- zentez, armes ! En chou, feu ! Non, mon oncle , non ! et lors même que le fanatisme pour le petit caporal vous boucherait les oreilles an point de vous empêcher d'entendre l'accent ludesqiie de son lils, la France l'en- tendrait pour vous. La France n'admet plus, du reste, les privilèges de la naissance ; elle veut être gouvernée par le plus capable et le plus digne. La France est républicaine ; nous sommes tous républicains.
— Nous verrions bien ce que dirait la France si le fils de l'Empereur se présentait à la frontière, le petit chapeau d'une main la redingote grise de l'autre
— Oncle .Jollivet, vous êtes incorrigible, vous et tous les vieux bonapartistes avec votre petit chapeau etvolie redingote grise. Vous vous imaginez toujours que l'aigle va voler de clocher en clocher jusque sur les tours de Notre-Dame. Vous pensez faire peiir"à Louis- Philippe en Vous promenant encore quatre à quatre avec de longues redingotes bleues boutonnées comme sous la restauration ; vous vous croyez des conspirateurs bien dangereux parce que vous avez le buste du roi de Rome sur votre cheminée; mais Louis-Philippe se moque de vous et vous laisse conspirer à votre aise. L'empire n'existe plus qu'au Cirque Olympique; l'Em- pereur est mort; nous pouvons dire vive Cobert ! car je dois rendre cette justice à mon oncle , qu'il ne fait nulle diflicnlté de convenir que l'Empereur est mort; n'est-ce pas, oncle Jollivet!
— Est-ce que par hasard tu voudrais te moquer de moi, blanc-bec'/
— Jamais, mon onde, jamais; respect aux braves ! Portez armes ! Présentez armes! Crions tous : Vive Go- bert !
— Vive Cobert !
Jollivet prend sa canne cl son chapeau et s'en vafu-
A l.ts.\(.i; l)i:s GKNS SÉRIEUX.
rieuxen s'écriimt : A revoir, niussieiirs les rL'pubiicuins à Irois ('rares par lùte ! yiiaiil ù vini!;, inuiisieiir mkhi iicvcu, vous 1110 li; pujLTc/..
Les roiivivi's repreiniciil déplus lielle : Vi\t Gobert!
0 Maiiilen.ml (jne re vioiix grognard a repris le ciieiiiin elioc des verre de son iluunp il'asilt , siliié rue aux Ours, s'éiiie Isi- ' (leei se passait en 1SÔ2
dore rutnichon, un dernier loasl an Irdpos de lous les Ijraiis! Plus d'empereurs, plus de rois, plus de consuls, la Ui''pulili(|ue ou la niurt !
— La lU'puhliiine ou la inorll répète l'assemblée au
II
LE I(0\AI'AI11I>1K lu l.KNKF.M.UN (l)SiS].
(I Kli bien 1 lunn novon ruiiiiclion, i'i'S|.i'i-L' ijul' le voilà euntent, nous sommes eu Ilépnbluiue. (lomniiiit vont les alFaircs ?
— Mal, mon (inile .lollivel, très-mal.
— La crise ne durera pas, j'ai tout espoir dans le bon sens du pays. Tel i\ue tu me vois, je nie suis récon- cilié avec la lîépublique. .Tu avais raison quand tu me soutenais autrefois que c'était la seule forme de gouvernement qui convint à la France. Que veux-tu, nousauti'es vieux soldais auxt]nels le grand honmie a pincé le bout de l'oreille, nous avo.s eu plus de peine que d'autres à nous défaire de nos préjugés; il nous semblait que la France était peidue si elle ne retour- nait pis à rem]iire. Me voilà bien revenu de ces illu- sions. Tu disais donc que les affaires n'allaient pas très- bien.
— La bonneterie est nmrle ! .l'aurais bien mieux l'ait de Continuer mon droit et de passer avocat; mais au lieu de Irava lier, je...
— Tu conspirais; je me rappelle encore le banquet du Venu qui tetle. Vous étiez là une douzaine de fa- meux lapins républicains. Ktais-je ridicule alors, avec mon roi de Rome'?
— .le n'étais pas encore dans la bonneterie. C'était le bon temps.
— Tu es triste comme un bonnet de nuit avec ta Il lunelerie. Laisse nommer le président, et puis tu ver- ras le commerce reprendre de plus belle. Causons un peu politique, cela nous distraira, quoique cette fois nous risquions fort de nous trouver du même avis. Tu votes pour Cavaignac'ï
— Non.
— Pour Lamartine?
— Point du tout.
— Pour Ledru-Rollin '?
— Lncore moins.
— Pour qui donc?
— l'our Louis Bona|)arte.
— Toi, un liomine éclairé, un vieux républicain ; c'est impossible. Quels sont donc les droits de Louis Ronaparle à la présidence?
— Ses droits : il les tient de sa naissance.
— Cela veut dire qu'il est le neveu de son oncle, bel argument! Est-ce que le génie se transmet par voie de succession? D'ailleurs le neveu de l'Empereur n'existe plus depuis longtemps; il a été remplacé par lin grand seigneur britannique ou allemand, je ne sais trop lequel, une espèce de monstre qui commence en boninie et qui finit en queue de const.ible anglais. Tu veux nommer Louis Bonaparte, brézldent te la Ripi- jtlique vi'unçaise !
— Il a pour lui li!s souvenirs.
— Sont ce là des titres au gouvernement?
— Un nom !
— Qu'est-ce qu'un nom? La Fiance n'admet plus les privilèges de la naissance, elle veut être gouvernée par le plus capable et le plus digne. Tu vois que je me souviens de tes paroles. La France est républicaine, nous sommes tous républicains. Quoi! c'est lorsque tous les bonapartistes de la veille se rallient à la Répu- blique qu'il y aurait des bonapartistes du lendemain?
— Mais vous ne savez pas, mon oncle, que si Louis P)onapartc est nommé, l'empereur de Russie a promis de faire à la fabrique de Paris une immense commande de bonnets de coton pour son armée du Caucase.
— Mon neveu, je ne vous dirai point mon opinion sur votre compte. Sachez seulement que vous me faites rougir d'avoir été bonapartiste, .\dieu, et ne comptez plus sur ma succession. »
Ceci se passe en 1848.
li
HEVUE COMIQUE
CHOSES QUELCONQUES.
AtX HONNK.TES GENS DE 1. AM.IKN I'AUTI CONSERVATEIR.
Les ennemis do la Uopubliiiue ne sont pas dans le parti conservateur. Les ennemis du parti conservateur ne sont pas dans le parti républicain. I.e parti conser- vateur est le parti des gens qui craignent les révolu- tions, non parce qu'ils les croient tout à fait stériles, mais parce que la mise de fonds nécessaire à leur ac- complissement leur paraît hors de proportion avec les résultats. Le parti conservateur a trop bravement ré- sisté à la révolution de Février pour ne jias savoir Tac- cepler. Les gens qui se sont bien battus ne se délestent pas. Que M. Tliiers, qui n'a point eu l'honneur de lu lutte, défaite ou victoire, se conduise comme il fait, cela n'a rien qui doive surprendre; ce n'est qu'affli- geant, ce n'est que fâcheux. Sans parler des nécessités de son caractère, on comprend qu'il ait la fièvre; cette fièvre que l'amour du pays seule pourrait guérir, on comprend qu'il en cherche l'aiiaisement dans l'agita- tion et le mouvement. Le repos auquel il est con- damné lui pèse; c'est pour lui l'enfer. Plutôt que de ne rien faire, voyant qu'après une attente de sept mortelles années, l'heure d'entrer en scène n'est point venue encore pour lui, il se jette aujourd'hui dans le trou du souffleur.
C'est là que nous le trouvons. Son but, en y allant, est-il d'aider l'acteur qu'il se propose de remjilacer plus tard, ou de troubler le spectacle? C'est à lui de répondre.
Mais il a réiioudii : « Je ne serai jamais le ministre de Louis-Na|)oléon Bonaparte. »
Que sera donc M. Thiers? De quelle catastrophe sor- tira ce qu'il souhaite?
Le vrai parti conservateur, le pays modéré est toul entier représenté par le Journal des Débats. — Nous n'a])pelons pas des modérés ceux des anciens meneurs do ce parti qui payaient le Globe, et fondaient l'Époque.
I,a candidature du prince Louis perd tous les jours du terrain. Chacun se demande avec effroi si le moyen de se guérir d'un mal est de se jeter dans un pire. Le suicide est sans doute un remède à tous les maux ; mais un pays sensé comme le nôtre a-t-il le droit de se conduire comme une grisette?
On s'étonne que la France soit indifférente à la Ré- publique; maison oublie que cette indifférence, on l'a prèchée, vantée depuis dix-huit ans, et qu'on avait fait de l'indifférence en matière [)olitique, c'est-à-dire de l'oubli de la pairie, une vertu. Vous avez semé l'indiffé- rence et leculte des intérêts matériels, ne vous étonnez pas de ce que vous recueillez. Vous avez parlé argent, actions, jeux de bourse, on vous répond salaire, heures de travail, etc.
En 1848, nous avions Louis-Philippe ; si Louis Bonaparte nous arrivait en 1849 1849 .serai' Van pire, lli! hi! Li !
A L'USACK i)i;> i.iNs si;iui:ux.
ir.
i.E Ni':vi:r m-: la colonne.
Quoique jp sois votre cmpcretir Par le (Iroil ilj iKiiS'aiicc,
Je veux bien, de chaque i^leeteiir, Tenir la présidence. Danil ceh linrera Tant que i;a pouiT.-!. Si la claire vous lente. De mon oncle ninriileu ! Je suis le neveu ; La Colonne est ni:i tuule.
Il fiul, — suspeniliz VOS l)r;ivos,
Savoir ce (pie l'on troque: Si vous n'avez plus le liéros.
Vous aurez sa iléfroque.
Dans mon porte-manteau.
J'ai son petit chapeau.
Sa culotte collante.
De mon oncle, morlileu.' Ne suis-je pas le neveu '?
La Colonne est ma tante.
Je n'ai pas s'rti du fourreau Ma moileste namberjîe.
Je connais trùs-hien Marengo Par les poulets d'auberge; Aiist ^rlitz, léna. J'ai bien mieux que cela Dans ma vie éclatauto... De mon oncle, morbleu ! Ne suis-je pas le neveu ? La Colonne est ma tante.
A StrashourR, portant mon drapieau,
Je singe le «rand homme : (irandes bottes, petit chapeau,
l.iir^'nette, habit verlprjmme;
A Boulo:ne. plus lard. Je plonge comme un canard,
.\vec l'aigle expirante;
De mon oncle, morbleu .' Ne suis-je pas le neveu ?
La Colonne est mi tante.
L'empire étant tombé dans l'eau,
F.l l'aigle hor de scrv'ce, A Londres je niels le manteau
D'un agent de polife.
Cli.irtistes enlèlcs.
Ah.' je vous ai frottés, A coups de gourdin, je m'en vante.
De mou oncle, morbleu .' Ne suis-je pas le neveu ?
La Colonne est ma taule.
Après ces glorieux hauts faits,
France, je conjecture Que tu vas l'aire le sulCùs
De ma c.anlidature : Six cent mille francs de plus,
Ç:i n'est pas de refus
Quand la bourse est souiïranle.
De mon oncle, morbleu !
Ji' suis bien le neveu !
La C lonneestma tante.
P.*R n< REPIBLICAIN tir I.ENDFM.AIN
L'ONCLE ET LE NEVEU.
L HOMME DE BRONZE. - Extrait du PtiPtT Show. —
L HOMME IIE PLATRE.
0<li;t.RVARU DKS ITAI.IKN
:iO «•fiidiiiOM la li%'i-aiHOii.
hiK mr.nr.i.ir.i', '.ii.
tadidous de la ^ioascription. — La Revcb coaiQiiE formera un magniliciue volume, grand in-8, publie en iiO lÎTraisons à 30 centimes, par la poste, 3o cenlimes. — Pour tout ce qui concerne la rédaction, écrire [franco) à M. LiaEtn, au bureau de la Revue, 2, boulevard des
llaliciis.
DVMXNEBAT. EDITE1TB, S3, B.UE HICHEI.IEU.
2<" Livraison.
l.A CllliNOl'lLl.li liï LE BOliUr.
Le petit et le grand Napoléon. Extrait du PuiTET Show.
[0TA.t 0^ y<rit cf'u' Hv
Pari.. - Tir4 .ai pr««s méc.niquc. de UciuWI Wi «l Comp., rue BaBi.»., 2-
/r
U SEMAINE.
— Pau ! pan ! pan !
— Qui va là^
— C'est moi; ouvrez tout Je suite.
— Qui, vous?
— La semaine. Je viens vous raconter mes aventu- res, mes joies, mes douleurs, mes l'êtes, mes ennuis de huit jours.
— Dicte* donc vite, nous sommes pressés.
— Comme vous me recevez ! Est-ce pour me traiter ainsi que vous avez intitulé cette revue : Histoire jjfii- lusophique, littéraire, politique, morale, critique, ar- tistique de la semairie. Couimençons doue par causer histoire.
— On en fait tous les jours; à quoi bon en parler.
— Causons alors philosophie.
— Ce n'est guère le monieul.
— Littérature...
— Plus tard.
— IJeaux-arts.
— La semaine prochaine.
— Politique.
— A la bonne heure : nous ne faisons que ça. Mais vous êtes bien arriérée, ma chère amie, pour parler politique. De quoi allez-vous nous entretenir? de ce qui se passait hier, de ce qui se passe aujourd'hui. Pouvez- vous nous dire ce qui se passera demain ?
— Non.
— C'est cela seulement qu'il importe de savoir. Le reste nous touche médiocrement. Le public, aujour- d'hui, va toujours en avant sans daigner regarder der-
rière lui. Que lui importent, ô semaine passée! vos li- vres, vos vaudevilles, vos comédies, vos drames, vos fêtes, vus bals, vos concerts? L'heure écoulée, c'est pour lui le passé ; et vous voulez qu'il se souvienne de ce qui existait il y a huit jours ? Vous ne vous doutez pas, ma bonne femme, de ce que c'est que la curiosité en temps de révolution.
— Alors, pourquoi m'avoir dit : Dictez!
— C'est que, après tout, vous devez savoir mieux que personne ce qui s'est fait pendant ces huit jours ; et si vous avez quel(]ue anecdocle entièrement inédite à nous apprendre. quel(iue mystère à nous révéler, une belle action, un crime, ou même un simple bon mot...
— Ma foi, non ; je dois convenir que j'ai été une sage et modeste semaine, aussi calme, aussi rangée que l'on peut rètre dans ce temps-ci. J'ai vu la fête de la Constitution, j'ai assisté à la représentation gratuite de l'Opéra, j'ai dansé la polka chez M. Marrast. En fait de crime, voulez-vous que je vous raconte l'assassinat Je Fualdès? J'en ai fait un joli petit mélodrame. Je n'ai guère à vous offrir maintenant, en fait de belles actions, que le duel J'un ancien ministre des finances avec .un général Je Jivision ; et si vous vous contentez de quelques couplets de vaudeville, en guise de bons mots, je puis vous chanter...
— Silence ! Laissez-nous en paix ; votre audience est tinie; allez oii vont toutes les vieilles semaines, je ne sais où. Nous verrons si la semaine prochaine saura mieux se faire écouler.
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REVUE COMIQUE
AV
I-MIRKS ILLLSTHKES
(Si NON U.LrSTRK?)
l 'H IN Ci: roiu uiuK.
CllAPlTHF. I'.
SOS ENFANCE ET SON ÉDl'CATION.
Iclcrie et la Kussîe tiennent sur les fous le prince Pour liii
Œ QUE C'EST QU'UN IMÎÉTENDANT.
Nous somniL's un |)eu|ili' lU' (lliiiT à l;i vie politique. Idées, mœurs poliliiiuos, clioz nous lout est à faire, tout est à cioer.
La morale polili(|Me suiloul. C'est un eo.lc [iliiloso- pliique à révéler, ù tirer des limbes.
Quant aux autres morales connues, nous les avons poussées aux plus extrêmes limites. Ea casuistique nous en a trop appris ; le code civil et le code de commerce , avec les interprétations des avocats et les arguties des procureurs, ont tellement bouleversé toutes les notions lie la morale naturelle, (iii'il faut qu'un fripau soit bien maladroit pour se [iiivor de l'bonneur d'étiv bon- nèle liomnie.
La probité s'apprend conimc l'art de laiie des tra- gédies; elle a ses règles d'.\ristiile.
Mais interrogez le premier venu sur ce qui est per- mis en politique et sur ce qui ne saurait l'être, il vous avouera ingénument qu'il n'y a jamais songé. Il lie juge que les résultats, ou plutôt il les subit ; les moyens employés ne sont pas son affaire. Aussi voyons- nous lies bonimes d'Élat, honnêtes gens d'ailleurs, mettre en œuvre la duplicité, la trabison, la violence, en un mot, recourir sans scrupule, à des moyens tels (pie ces mêmes principes, qui dirigent leur vie poli- tique , appliqués à leur vie privée les feraient consi- dérer comme des monstres.
Ne les accusons pas trop. Ils peuvent du moins se donner à eux-mêmes cette excuse qu'ils ne violent au- cune convention établie. «Vérité en décades Pyrénées, mensonge au delà, » dit Montesquieu. l)'ailleui-s, l'im- punité les tente, elle les jnstilie presque. Pour beau- coup de gens la mai(ine du délit n'est que dans la ré- iressiou.
Dans cent ans, dans cinquante ans peut-être, il y aura une morale politique, et les éléments qui entre- ront dans la composition de ce code nouveau apparais- sent déjà. La science du droit des gens a consacré un grand |)rincipe en rendant désormais impossibles les guerres de conquêtes.
\-t_on assez admiré ce fléau des sociétés ancieniu's qui s'appelait le Conquérant ! Que n'ont pas écrit les pédants et les sots sur Alexandre le (Jrand et ses ému- les! Nos livres classiques sont pleins du plus absurde riitbousiasme pour ces hommes qui ont fait le malheur de leur siècle, et l'on ne sait poinqiioi Gengis-kan et Attila n'ont pas trouvé grâce devant eux. Aujourd'hui nu Alexandre le Grand ferait horreur; c'est un grand pas en morale.
Ceci ne nous éloigne pas autant qu'on le |iouriait croire du titre de cet article : Qu'est ce qu'un pré- tendant?
Un prétendant, c'est un conquérant en diminutif. Avant que le principe de la souveraineté du peuple
A I.TSAC.F, DKS (IKNS SKIUKllX.
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lui rcronmi cl mis en prati(|ii(', c'est-ù-dirc lorsque les rois n'H-iiaient de droit divin, un prétendaiil l'tail un [irinee dépossédi' (|ui essuyait de reciini]ui'iir par les ariuos riu-rita^'e |)oliliiiue de sa famille.
I.e elievalier (lliarles-Kdounrd , par ex(iii|ile , est resté prétendant toute sa vie. Il est mort prétendant à Montpellier. C'était, au dire des eonteniporains, un lidinine eliarmant , plein d'airahilité et de giàcc. (À't iiomine eli.u'inaiil, pour ne pas réussir dans ses entre- prises sur le royaume d'Aii(;leterre , a l'ait ujourir en- viron dix mille iiomines sur le cliamii de liataille, sans parler de ceux de ses partisans qui lurent roués et dé- capités, et dont on planta les tètes siu- des piques, les yeux tournés, comme dit Waller-Seott, vers les lileues montagnes d'Kcosse qu'ils avaient tant aimées.
Ce chevalier Charles-Edouard se croyait, malgré cela, un très-honnète homme, et ses contemporains, ainsi que nous l'avons dit, le considéraient comme un hoiiinn' charmant.
Si vous aviez un héritage de famille à recouvrer et qu'il fallût pour cela la mort violente de dix mille hommes, et que vos meilleurs amis fussent suppliciés, en votidriez-vous à ce prix? J'en doute.
Pour Charles-Kdouard , le royaume d'.Vngleterre était un héritage de famille. Un royaume vaut mieux qu'une terre, soit, mais cette différence de valeur change-t-elle quelque chose à la moralité du fait?
Dans ces derntèri's années, que de victimes tombées en Espagne dans les guerres de prétendants ! Nous les avons vus, ces rois bannis et ces fils de rois, pendant que le sang coulait en leur nom, dormir d'un somiueil paisible; ils allaient à lâchasse et à la messe, ils don- naient alternativement audience à leur maîtresse et à leur confesseur. Est-ce insensibilité naturelle, égoïsme féroce? Mon Dieu , non : c'est vice d'éducation , force de préjugé, lin prétendant croit toujours à son droit surhumain , et le vulgaire garde encore le respect de ce droit, auquel pourtant il ne croit plus.
Il viendra cependant un temps où forcés de priiscr par l'exercice de la liberté politique, les citoyens per- dront les derniers préjugés de la monarchie. Alors, j'imagine que les prétendants se trouveront dans tai grand embarras.
Leurs tentatives seront appréciées à leur juste va- leur, parce que le jugement public n'étant plus per- verti par des idées et des sentiments préconçus , le peuple osera enlin appeler « un chat un thaï », et la délinition du prétendant sera possible.
Quand par exemple quelque héros de hasard , à la tête d'une bande de valets et d'intrigants s'en viendra dire en arborant un drapeau quelconque : « Citoyens, reconnaissez en moi le fils ou le neveu du grand jirince un tel. Aux armes! marchons sur les Tuileries! » les citoyens lui répondront tout simplement :
« Vous êtes, avant tout, notre ennemi ; vous venez nous voler notre liberté et noire repos ; et votre appel
C'est étonnant, comme il ressemble à son oncle!,..
'our préparer le prince à ses hautes destinées et lui apprendre tout ce qui concerne son état, ou lui enseigne à apprivoiser un aigle ; mais l'aig'e, qui n'aime pas ces gens-là, le mord — et crânement !
UEVUE COMIQUE
i on appreud seulement, au prince, à les empdiUec.
)s de M. Verreaui, naluraliste de l'ile Bourbon, professeur
s gens de qualité.
aux armes devant amener reffusion du sang à votre profit, c'est une tentative d'assassinat que vous faites sur chacun de nous. Or, on prend les assassins et les voleurs, et on les traduit en cour d'assises.
B 11 n'y a aucune différence entre vous et Schiibry, r.inaldo Rinaldiui, Mandrin , Carlouclie, Schinderanes et les autres héros de grand chemin. »
.\lors, il faut espérer que les prétendants seront plus rares; mais nous avons encore cinquante ans à attendre cl notre éducation monarchique à oublier.
— RipipUque! ribihliquel
— Bépublique! donc... Quelle brute que cette petite oie-U
LE PARTI CRETIN.
Il y a un grand nombre d'individus en France qu'un motif singulier rend partisans décidés de Louis-Napo- léon. L'autre jour, dans un estaminet, je demandai à cinq ou six joueurs de dominos :
« Pourquoi votez-vous pour Louis-Napoléon?
Parce que c'est un homme nul.
— Et vous?
— Parce que c'est nn niais.
— Et vous?
— Parce que c'est un imbécile. »
Ces gens-là sont convaincus que le salut de la Ré- publique exige impérieusement qu'on place un crétin à sa tète, et que la machine gouvernementale est mue par une manivelle qu'un homme sans idée peut seul avoir la patience de faire tourner. Ce préjugé, qui date de l'ère constitutionnelle, et qui est une des nombreuses théo- ries politiques du célèbre Odilon Barrot, est plus gé- néralement répandu en France qu'on ne le suppose, surtout chez les joueurs de dominos.
Il commence déjà à se répandre parmi les joueurs de dames, d'où il se répandra chez les joueurs d'é- checs, qui le communiqueront infailliblement aux joueurs de tric-trac ; de là une nouvelle série de i)arti- sans pour Louis Bonaparte.
Le hasard peut vous faire tomber sur un membre du parti crétin ; n'essayez pas de le convenir, vous y perdriez votre allemand.
« Savez-vous que votre Louis-Bonaparle s'est habillé un beau jour comme un iigurant de l'Opéra dans la Juive, et qu'il s'est fait inscrire parmi les comparses du tournoi d'Eglinglon sous le titre de chevalier des miroirs.
— Bravo ! _ lue autre fois, il a parié qu'il volerait du haut
(I.; la tour de Londres jusque sur le dôtne de saint l'.uil , et l'on a eu toutes les peines du monde à l'em- pêcher d'exécuter ce pari. Il prétendait, en sa qualité de capitaine d'artillerie, avoir inventé un appareil in- faillible pour voler.
— Très-bien !
— Un charlatan lui ayant persuade qu'on pouvait
\ I .'USAGE DKS GKNS si;;!ur';iJX.
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fairo (le l'or, votre candidat le prince Kotiis n'a-l-il pas iMi imtnc'diatemont le soin d'installer des foiirne.iiix chez lui et do se livrer à nne smilHerie eUrénéel
— Parfait!
— Cdinmeiil, pul'iil! en vérité, je ne voii- eniii- prends pas. Mais tont cela est fort bête.
— Justement ! c'est à cause de cela que je le ( licu- sis. M. Barrot vous dira hii-mènie que le jeu des iusli- liilions coiislitntionnelles exige un iioninie parl'aile- monl nul. Or, de ee coté-là, notre candidat, eonvenez- en, laîsse bien peu de prise à la criti(]ne.
— J'en conviens. »
El on essayerait en vain de les ennvaincie. Les r;ens imbus des théories politiques de M. Odilon liarrot ne se rendent jamais, même à l'évidence.
l.e chef du parti crétin, après JI. Odilon lîarrot, est M. Adolphe Thiers. C'est lui qui a écrit dans le Cons- titutionnel ce mémorable premier-Paris qui se termine par cette phrase : « l.e prince Louis-Napoléon est un imbécile, mais il a toute notre conliance. »
Cette ])hrase a du moins l'avantage de n'être point philosophique comme les axiomes de Odilon Barrot sur la nécessité du crétinisme en matière <rinslitulions constitutionnelles.
J'ai eu dernièrement une discussion avec nn mem- bre naïf du parti crétin arrive la veille de sa province.
a A qui, lui ai-je demandé, donnez-vous votre voix dans le Poitou?
— Parbleu, m'a-t-il répondu, vous le savez bien.
— Ma foi non.
— Eh bien, à Napoléon Bonaparte.
— Pourquoi '?
— Parce que, selon M. Odilon Barrol, il faut placer un homme nul à la tète de la Bépublique. Nous vo- lons pour le soliveau.
— Vous vous trompez, c'est pour une autre fable.
— Laquelle, s'il vous plait'.'
— Pour le chat et le singe. Bappelez-vous les mar- rons du feu. »
CHAPITRE 11.
SON ADULESCEKCE.
^/^—
Télémaque et Mentor.
SOUVENIR d'un DESSIM liÉ GBASTILLE.
Les victoires et conquêtes du prince.
r.KVUE r.o>noiîK
cnAriTur. m.
b'ëlant revêtu pour la première fois du costume hstorique, il ne reconnaît pas dans son ombre, et il a peur!...
EXPtDITlON DE STRASBOUnC.
— Mon poa ami, che'souis le fils de l'empereur, et chc fous nomme maréchal de Franco. Pufez celle fer de rhoum : être pien poni
— Oq ti'passe pas!
r.ABABECK ET LES F.VKIRS EN IS'tS.
Lorsque j'étais lians la ville de Bénai-ès, sur le ri- vage du Gange, je tâchais de in instruire. J'entendais passablement l'indien, j'écoutais beaucoup et remar- quais tout. J'étais logé chez mon correspondant Omri : c'était le plus digne homme que j'aie jamais connu. Il était de la secte tricolore; j'ai l'honneur d'appartenir à une secte d'une autre couleur : jamais nous n'a- vons eu une parole pl«s haute que l'autre au sujet de nos nuances respectives. Nous faisions nos ablutions chacun de notre côté , nous buvions de la même limo- nade , nous mangions du même riz comme deux frères. Un jour nous allâmes ensemble à la pagode de Ga- vani. Nous y vîmes plusieurs bandes de Fakirs dont les uns étaient des Fakirs phalanstéricns, et les autres des socialistes propremenls dits, qui se divisent en icariens, en proudhoniens et en disciples de Pierre Le- rous ; ceux-ci sont des Fakirs contemplatifs. Ils ont , comme on sait, une langue savante qui ne permet pas au vulgaire de les comprendre.
Je passai devant un Fakir phalanstérien qui lisait le livre sacré de Fourier. « Ah ! malheureux civilisé , s'ccria-t-il , lu m'as fait perdre le lit des séries cos- mogoniques ! et de cette affaire-là le bonheur de l'hu- manité est retardé de mille ans, au lieu d'arriver dans cinq ou six siècles, comme j'avais tout lieu de m'en tlatter ! Je lui donnai une roupie pour le consoler. A quelques pas de là , ayant eu le malheur d'éternuer , le bruit que je fis réveilla un autre Fakir de la secte de Pierre Leroux , qui était en extase : « Oii suis-je ? dit-il, quelle horrible chute ! je ne vois pas le bout de mou nez : la lumière céleste est disparue.» Si je suis cause, lui dis-je, que vous voyez enlin ])lus loin que le bout de votre nez , voilà une roupie pour réparer le mal i[nc j'ai fait : reprenez votre lumière
céleste. »
M'étant ainsi tiré d'affaire discrètement, je passai aux autres Fakirs. Ceux-ci se tenaient immobiles en attendant qu'il leur poussât une queue. Ceux- là dansaient sur les mains , plusieurs voltigeaient sur la corde roide, d'autres allaient toujours à cloche- pied; il y en avait qui portaient des chaînes, quel- ques-uns balayaient le parquet avec leur barbe ; au demeurant, les meilleures gens du m.jnde. Mon ami Omri me mena dans la cellule d'un des plus fameux ; 11 s'appelait Bababeck, et portait au cou une cliaiiie de ^()ixante livres. Omri me dit que c'était sa manie de porter cette chaîne, et que lorsqu'on la lui ôlait il n'a- vait rien de plus pressé que de la reprendre. Beaucoup de gens venaient le consulter, il était l'oracle de sa secte, et l'on peut dire qu'il jouissait d'une grande réputation. Je fus témoin du long entretien qu'Omri eut avec lui.
— Cnvrz-vous, lui (lil-il, mon père, qu'après
A !;USAGE DES GENS SÉRIKIX.
avoir passé par les l'prctivcs convcnal)lcs, je puisse pri'U'ndre an lih c ilc Inm i ilnycn V
— ('/est selon, dit Ir jjkir, c .niiuu'iil vivez-vous?
— Je làilie, (lit Oiiiii, d'elle bon iimri, lion |ièie, bon ami ; je prête de l'argent sans intérêt aux rielies, dans l'occasion j'en donne aux pauvres ; je paye l'iin- pôt de grand cœur; j'entretiens la paix parmi mes voisins.
— Vous t'aites-voiis imili'o i[iieli|iierois en prison ? demanda le Fakir.
— Jamais, mon révérend père.
— Mais du moins vous lianlez les clubs, vous pro- noncez des discours dans les banquets à vingt sons cl vous parlez pertinemment île rémeiile ".'
— l'as le moins (lu monde.
— J'en suis fâché, répliipia le Fakir; mais vous n'êtes qu'un mauvais citoyen et un ennemi du peuple.
— Comment ! s'écria Omri, ce n'est donc pas assez d'être honnête homme et d'obéir aux lois? Je vous trouve plaisant de ju-élendre être meilleur citoyen que moi ; et sur quoi d'ailleurs fondez-vous cette pré- tention ? Sachez que je donne plus en aumônes en un jour que ne coûtent en un an la chaîne que vous portez au cou et le pain que vous mangez dans votre cellule, encore c'est PF-tat qui en fait les frais. Le peuple a bien alfaire que vous passiez votre vie enfermé avec une chaîne an cou : vous rendez-là un beau service à la patrie ! Je fais cent fois plus de cas d'un homme qui sème des légumes ou qui plante des arbres, que de tous vos camarades qui regardent lebout de leur nez, on qui attendent dans un coin qu'il leur pousse une queue.
Ayant ainsi parlé, Omri se radoucit, le caressa, le persuada, l'engagea enfin à couper sa barbe, à laisser là sa chaîne et à venir chez lui mener une vie honnête. On le décrassa, on le IVotta d'essences parfumées , on l'habilla décemment. Il vécut quinze jours d'une ma- nière fort sage, et avoua qu'il était cent fois plus heu- reux qu'auparavant. Mais il perdait son crédit dans le ]ieiiple, personne ne venait plus le consulter, et l'on ne parlait plus de lui. Il quitta Omri, alla jeter des pierres au corps de garde voisin et se lit remetlic sa chaîne pour avoir de la considération. CC
l.F. BONWAI'.TISMF. lUIiAI..
Vous est-il arrivé queliiiiefois de séjourner, je ne dis pas dans une petite ville, dans un bourg, ou même dins un village, mais dans un hameau éloigné de tout centre, perché au sommet de quelque rocher ou perdu dans la vallée, sans église, sans mairie, sans école, composé de quelques maisons habitées par quelques centaines d'habitants. C'est là qu'il est curieux d'étu- dier la politique. Mais fait-on de la politique dans de pareils endroits"? 11 faut bien le crou-e, puisqu'on nous
S'EtME
LXrÉDlTION t>E BOULOGNE.
États de service.
îsoiiveau procède de
i'u;aj;e d'un j-'ré'.i-Ti'-iaat.
REVUE COMIQUE
HironUlle chentille
Foltichant à 1 ' Tu cachot Dni . Etc. etc. »
lie
PROJET D'EVASIOS.
Le prince emprunte pour sN'chapper le costume de la présidente de Folle-Mêche.
affirme que c'est dans la campagne que la candidatnrc du pi-ince I>ouis Bonaparte compte le plus de parti- sans. Or, pour une certaine étendue de pays, le ha- meau est un chef-lieu.
Dans la petite ville, c'est l'ofticier qui fait de la propagande napoléonienne, l'oflicier retraité, qui ne sait plus que jouer aux dames et parler de l'empire; au hourg, c'est le sous-oflicier, qu'on a nommé lieute- nant de la garde nationale; au village, c'est le soldat qui a repris la charrue ; au hameau, c'est un person- nage inobservé jusqu'à ce jour, pro|iagandiste inconnu et infatigable, plus actif, plus alerte à lui tout seul que tous les officiers, sous-ofliciers, soldats de la petite ville, du bourg et du village.
Ce personnage, c'est le domestique impérial, la basse livrée de l'empire, sons-piqueur, palefrenier, marmiton, buandier, laveur d'écuelles, tous les gens remplissant corvée dans les écuries ou les offices des Tuileries au temps de l'empire.
M. de Balzac, dans son Médecin de Campagne, met dans la bouche d'un ancien soldat une histoire de Napoléon racontée à la veillée. Figurez-vous ce que peut être une histoire de l'Empereur narrée par un balayeur d'office. Ce qui est poésie dans l'imagination du soldat prend des proportions matérielles dans la tète du domestique. L'un raconte les exploits du grand homme, l'autre met en lumière les qualités du maître de maison. Pour le premier, Napoléon est un héros, pour le second un fermier habile.
J'ai entendu, il y a quelques années, la femme d'un pauvre paysan de la haute Provence me parler de l'Empereur.
« Ah! monsieur, me disait-elle, quel homme c'était que Napoléon! Figurez-vous que tous les matins il sortait déguisé fit allait marchander les légumes à la halle pour savoir si ses domestiques ne le trompaient pas. C'est l'argent du peuple qui paye mes provisions, je ne veux pas qu'un tasde fainéants le gaspillent, ajou- tait-il ensuite. Chaque semaine, il faisait ses comptes avec son maître d'hôtel , et il n'y avait pas moyen de lui fane la queue. Il savait aussi bien que vous et moi le prix de chaque chose, et il vous aurait dit sans se tromper d'un liard ce que coûtait un poulet, un pi- geon ou une livre de lard à la halle.
Mais de qui tenez-vous donc tous ces détails?
De Marins, qui a quitte les Tuileries en 1813,
où il était blanchisseur, et qui s'est retiré chez nous avec six cents bonnes livres de rente qu'il a ramassées au service de l'Empereur. »
Un fait digne de remarque, c'est que ces domesti- ques impériaux s'adressent plus volontiers auX fem- mes; ils leur parlent des layettes du roi de Home et du trousseau de l'impératrice Marie-Louise. J'ai entendu dire également à une fermière de la Bourgogne que chaque année Joséphine faisait elle-même ses confi- tures, gelées de groseille on marmelades d'abricots.
A L'USAGE DKS GENS Sl^lHIEUX.
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Mal m'en cill pris de sourire, elle savait cela de scitMK-c certaine; c'était M. Piiiiiiicliot, anciiMi niar- Miilon (lu cuisinier des i>a^'f:i. qui le lui avait dit.
Que de gens, grâces à ces conlidenccs I)our lesqiiels le vainqueur d'Austerlitz n'a pas d'autre gloire que celle de bien connaître le prix des volailles, el José- phine d'autre mérite cpie celui de faire ses conlitures elle-même !
Blanchis par l'Age, ces invalides de la grande ou de la petite buanderie sont devenus les oracles des ha- meaux. Ce sont eux que les paysans viennent consulter quand il s'agit pour eux d'accomplir un acte ]iulitique. Il a été domesticpie de l'Euipcrem-! cela suffit pour leur donner une importance. C'est par eux que se sont répandus dans les campagnes ces bruits fantastiques sur les millions du prince Louis, et sur la remise de tous les impôts pendant quatre anss'il est nommé pré- sident de la République. Eux-mêmes se persuadent qu'ils n'auront qu'à se présenter au neveu de TEmpe- reur, et lui dire qu'ils ont été domestiques de son on- cle, pour obtenir une pension, attendu, disent-ils, que Napoléon, en mourant, a laissé un testament dans lequel il lègue une somme de plusieurs millions à par- tager entre tous ceux qui l'ont servi. Ce testament avait été tenu secret jusqu'à ce jour par les ennemis de l'Empereur, et son neveu vient pour l'exécuter.
On ferait un livre curieux avec l'histoire des petites influences sur les grands événements. Cinquante ou soixante buandiers, disséminés sur toute la France, vaudront peut-être des milliers de votes au préten- dant. Qu'on me dise, après cela, qu'il y a des bonapar- tistes en France !
Après tout, pourquoi pas? Je connai.> bien un jan- séniste !
L.NE niSTOIUE Di: DEMAIN.
Messieurs les voyageurs, nous dit-il, vous auriez tort de me juger sur l'apparence : je ne suis pas ce que je parais être, et j'ai joué autrefois un rôle fort impor- tant. Les malheurs du temps m'ont réduit à me faire Tyrolien et à chanter les Idées napoléoniennes. Je vais vous en chanter pour un sou, messieurs; cela vous portera bonheur pour votre mariage.
Ce Suisse, qui .est Tyrolien, n'est qu'un Savoyard, pensâmes-nous ; voilà qui est assez bizarre. Interro- geons-le. Je porterai la parole pour mes compagnons.
« Nous sommes tous mariés ; et vos souhaits nous sont inutiles; mais contez-nous comment il se fait que vous soyez Savoyard.
— Je l'ignore, j'ai eu tant de patries dans ma vie, que je ne sais pas bien ce que je suis. On m'a vu tour à tour Suisse, Hollandais, Anglais. En dernier lieu, j'étais Français ; voilà pourquoi je chante les Idées nn-
La seule chose spiritueVe qu*l ait faite dans sa vie.
CHAPITRE IV.
A l'ÉTBANGER.
Renonçant à son ingrate pair.c et ..„ ; .- - —
pas«e ses esamens de Suisse, et devient bourgeois de Xt
21
HE\TîE COMIOrK
Le,'
i pantomime sentimentale, en coippagni< in i;rus major.
Lt VAIVQLEUR D'ÉCIISGTON.
: pendant au_tablcau de la bataille d'Austerli z.
poléoniennes aux voyageurs qui liavorsent la monta- gne. Un petit cliou, messieurs; un petit chon.etyoup la Catarina! Qui sait si un jour vous ne sciez pas riî- iluits à chanter des harcarolles. L'avenir est imptiné- trable. l'n petit cliou, messieurs, et je vous chanterai mon histoire. »
Nous lui donnâmes cliacnn un .-ou, et le Savovard commença sa tyrolienne.
« J'appartiens à une famille riche, mais honnête , qui me lit donner une hiillantc t^'ducation.. Ma nais- sance m'appelait à régir la monarchie des harengs saurs, la Providence en ordonna autrement ; et, ne sa- chant comment utiliser mes loisirs, je m'improvisai capitaine d'artillerie du canton de Tliurgovie. La la ouh, la lu ouh, la la ouh oiih !
« Ij'artillerie commençait à iirenimycr, lorsciue je trouvai, dans des papiers de famille, le testament d'un oncle, qui, à dtifaut d'ht-rilier mâle, m'instituait son Itjgataire universel, ('et oncle, connu vulgairementsoiis le nom de Napoléon, avait été autrefois empereur des Français. La la ouh, la la mih ouh! Je réclamai sa suc- cession pour me distraire. Mes efforts aboutirent à me faire traduire devant les assises. Les jurés m'acquit- tèrent en raison de mon jeune âge, et comme ayant agi sans discernement. On me mit poliment à la porte du beau pays de France, et je me réfugiai en Angleterre. La la ouh!
«Tel que vous me voyez, messieurs, avec ce costume de Tyrolien, j'ai été, pendant toute une saison, le lion de Londres. J'obtins le même succès qu'un livre de .M. d'israéli, et qu'un gilet du comte d'Orsay. Lord Brougham vint me voir : mon portrait parut iiiênie dans V Illustration de Londres; je figurai au tournoi d'Eglington, sous le nom du chevalier Bliombéiis, que j'avais trouvé dans une nouvelle de Florian ; et un cuisinier donna mon nom à un pudding de son inven- tion. Ces marques desympalhie me décidèrent à récla- mer une seconde fois mon héi'ilagc. La laouhouhnuh. In la you, la la ijou t/ou. »
.Sprès ce inagMiliiiuc [loint d'orgue, il reprit en ces termes :
« Je débarquai donc sur la plage de Boulogne avec queliiues amis, et un aigle apprivoisé, qui mesuiva;l comme un caniche et ré|)ondait au nom de John. Je lui a\ais appris .son rôle, ipii consistait à \()'er de clo- cher en clocher jus(]ue sur les tours de .Notie-Daiiie. La la ouh.
B A peine sur la plage, je vis accourir un grand nom* bre de douaniers, de soldats et de gardes nationaux. Un tel empressement était de bon augure.
« Citoyens, leur dis-je, c'est moi (jiie vous atten- diez?
— Nous n'atlendiins personne. Qui ètes-voiis?
— Je suis le neveu de l'Iioiiuiie.
— Quel homme ?
— Napoléon !
A L'USAGE UliS GENS SÉIIIEUX.
— Tiens, liens! s'écrièrenl-ils, c'est encore ce
laiciMir (If Slia>lMiiiit,'. Il l'uil le cniKliiirc clicz M. le niant'. On le ili>,ul -ncn de >,t manie (l'rlic t'in|i<'icui-.
Il llss't'nipaii'ii'nt en iMrl ili' ma |um>i o. AIhis,
ji! Ji'iiiaiitlai mon aigle. Mc:^ amis, dis-je à nus ioni|iagiions, je ne puis vous eiiilirasseï- tous, mais i'eiiiliiasse John. Comnii' je le serrais dans mes liias, Jojiii me mordit à la joue. Ji' le posai à lerie en disant: Kaiis ma reliaiti' , j'écrirai les grandes elio.<es (]ue nous avons faites ensemlile. — .Mais , j'y pense; vonle/.-v<His voir Joiin? »
Sans attendre notre réponse, le Tyrolien silll i, et nous vîmes, de derrière un rocher, aiii\er nn aigle tout di'peiiailli', i|iii nous leyardail iliiii an- triste.
« John, lui dit son niaiire, saluez ces messieurs. » l.'aigle lit un monveineiil.
« Maintenant, John, dites-nous (pud est le plus napoléonien de la société. » Même mouvenient de l'aigle. a Sautez pour l'FMiipereiir. l'oit hieii. Sautez pour C.avaignac. Vous voyez, il ne saute pas. C'est une hète si bien élevée ! Des Anglais m'en ont oiïei l plusieurs fois cinquante giiinées ; mais je ne veii\ pas me séparer de John. Je compte, cet hiver, li.i apprendre à jouer aux dominos; et, quand je serai vieux et aveugle, j'achèterai une clarinette, et mon aigle me conduira. «Mon pauvre chien ne me quitte jamais.» Mais, revenons à mon histoire. La la ou/i oiifi oii/i , you you you la ! »
Ce prélude achevé, il continua : « Le maire de Boulogne me fourra au violon. De là, on me conduisit au fort de Ilam. iN'e pou- vant apprivoiser des araignées dans mou cachot, je me jetai dans le socialisme, et j'inventai des pians de gouvernement pour la France. Ces plans, que j'écrivais avec mon sang sur les murs de mon ca- chot, éveillèrent la susceptibilité du pouvoir. L'or- dre était donné de me jeter dans un souterrain avec un masque de fer sur le visage, lorscjue je réussis à m'écliapper, déguisé en gâcheur de plâtre. Je me réfugiai de nouveau en Angleterre, une de mes nombreuses patries. La la you, you la la lu !
« L'histoire dira comment et pourquoi j'en suis sorti. Je me soumets aux décrets de la Providence, cjui ne m'a élevé un moment si haut, que pour me faire retomber plus bas. You you you, la oiih, la In ouli!
« Oui, messieurs, j'ai été le fivori du Constitn- /ionnel, l'homme piédestiné de la Presse. Cliaijue jour, j'étais réveillé par les salves de la prose de M. Thiers, et je m'endormais au doux murmure des alinéa de M. de Girardin. La pâle Regnaiilt s'était donnée à moi corps et boite. J'avais promis à M. Véron la charge de grand pectoral de France.
- 1 t ^l le prmre qui fasse a\ec ses deux amis, le neveu «Je Wellington et le liU de sir Hildson-Lowe. Kn voili un Ijrare homme de prince et pas lier !
- Et qui ne nous fera j iinais, à nius autres Anglais, le mal que nous a fait son gueusard d'oncle !
Le prince concourt peur le bâton de constable. C'est en assommant les char tistes anglais qu'on apprend à gouverner la France.
REVUE COMIQUE
- Ponchûur , mon Hélène...
- Farceur, vous m'
: fife l'Enibercur!... che reviuas le Saiiite-
l l'effet de r'ïenir de Pontoise !
— La suite au prochain numéro. —
Mille voix s'élevaient du matin au soir autour diî moi, pour me jiiomettre l'empire. La layou. Tout ce brillant éclialauJage s'est écroulé comme un châ- teau de cartes. La Fiance s'est réveillée un beau matin; et, d'empereur que j'étais, je me suis trouvé Gros-Jean comme devant. Que faire, que devenir? Je ne pouvais plus être capitaine, lion, Bliombéris, ou prétendant. Tous mes amis m'a- vaient abandonné. On me conseillait de courir les campagnes, et de me l'aire Napoléon XVII. Ce métier avait tro]) d'inconvénients. J'ai préféré me faire Tyrolien dans ces montagnes. Etijoupla Catarinal»
Je l'arrêtai au inomeiil où il allait faire suivre ce cri des trois petits sauts de rigueur, en lui disant qu'en faisant ainsi le Savoyard il s'enlevait de gaieté de cœur une bonne partie de l'intérêt qu'il était si digne d'inspirer.
« Merci, mon bon monsieur, de votre conseil, me répoudit-il , je me bornerai à la tyrolienne. Youp la la you, ouh la la. Maintenant, voulez-vous que je vous chante un petit couplet <ï' Idées nupu- léoniennes? La la ou/i ouh.
— Merci.
— Alors, John, fais tes adieux à la société. » L'aigle, portant une sébile au bec, lit le tour
du cercle, et rapporta à son maître l'écuelle pleine. Nous nous mimes en route, songeant à la bizarrerie de la destinée de ce pauvre prétendant, réduit à se faire Tyrolien. Pendant cinq minutes encore, l'écho nous a|)porta le refrain de la cantilène d'adieu, ou/i ouh, la la you.
CHOSES QUELCONQUES.
Dans le duel de MM. Baraguay-d' Milliers et r.ondchanx, où tout s'est passé de la façon la plus honorable, tout le monde s'inquiétait de l'inéga- lité qu'il y avait entre les deux adversaires, M. Ba- ragiiay-d'llilliers étant un des hommes les plus éprouvés de l'armée et M. Goudchaux, en sa qua- lité de financier , étant tout à fait novice dans le maniement des armes.
M. Goudchaux, qui montra dans cette affaire que le courage n'a pas besoin d'être forlilié par l'Iia- bitude, eut, arrivé à la porte Maillot, un scrupule d'une bonhomie qui fera sourire tous ceux qui con- naissent les deux adversaires. « Croyez-vous, de- iiianda-t-il à l'un de ses témoins, (|u'on puisse me blâmer de me battre dans des conditions si inégales, avec un homme ^\n\ n'a qu'un bras pour se dé- fendre'? »
Notez que le brave général Baragnay d'ililliers n'a qu'un bras, en effet; mais que le bras cpii lui reste est le bras droit et qu'il s'agissait d'un dueljiu pistolet.
A i;USA(.K l)i:s t.L.N.s .slIllKLX.
27
BOUTADK D'UN RÉPUBLICAIN.
Aiii : Alte:-vout-eUf gens de la noce.
Pour trôiuT ;i lu |iic.'.i.k'uce, Na|iuU-oii ust (le»i^ii(' ; (Juoiquu ami île riiidéiifiiduiui', A ce choix je suis résijjui^. Puisque Torique de liarhaiie (llunlc sa ^lulru en faux buuiduii,
Noiniiie/.-le doiii'.
Nommez le doue! Que vous iniporle la (laliie? lions |ia|saus, uouiiuez-le donc!
J'avilis pensé qu'an plus tial>ile l.es honneurs seraient adjuges; Mais vous porlez, indélébile, La souillure des préjugés. Bien qu'un César de bas élage Ne vaille pas un l.aridon.
Nommez-le doue,
Noinin z-le donc! Qu'il régne par droil d'Iierilage Bons paysans, nonjniez-le donc
L'empire n'est point à sa taille; Kt pourtant, rouvrant les tombeaux. Il va, sur les clianips de bataille Jeter vos enfants les plus beaux. Pour lui, de la moindre eiiucelle Ou saura bien Taire nu brandon.
Nommez-le donc.
Nommez-le donc! Vive 1j guerre universelle! Boas paysans, nommcz-le donc!
Sous ses lois arislocraliipies, Nous allons fêter le retour D'une cour aux formes gothique Pages, nienins, dames d'atour; Des chambellans à large panse b'étaleronl sur l'édredon.
Nonimez-le donc.
Nommez-le donc! Le peuple paîra la dépense. Bons paysans, nonuiiez-le donc !
(iloritiant les algarades Dont autrefois uous avons ri, Il va, de titres et de grades ABubler plus d'un favori. A la cabale qui le pione Il répartira maint cordon.
Nommez-le donc.
Nommez- le donc! Et vous saurez ce qu'en vaut l'aune Uon:> paysans, nommez-le donc !
Dans quels splendides équipages Nous verrons ces messieurs briller! Pial sera gouverneur des pages, Et Larabit grand ecuyer Eu dame d'honneur on aflJrnie Qu'on transformera la Gordon.
Nomraez-le donc.
Nommez-le donc! Il a beau n'être qu'un iulirnie, Bous paysans, nommez-le donc!
Mais, qu'ai -je dit'/' Dit l'cspérincc .\ mes yeux les durtes ont lui; l-a raison n'est pas morte eu Franc Et les pi'iiices n'ont plus d'appui. Pour une oulraj^eanle pen>ec. J'implore, amis, votre pardon.
Cliassez-Ie donc,
C!ussez-le donc! Des prétendants l'heure e^t pa-sée. Bons citoyens, chassez-le dont !
Que l'hérédité soil bannie! Car les héros que nous vantons Rarement laissent leur génie A leurs inûnies rejetons. On voit l'aigle aux élans sublimes Couver dans son aire un dindon.
Chassez-le donc.
Chassez-le donc! Vous êtes seuls rois Ugilinies, Bons citoyens, chassez-le donc!
Compagnons, pussiez-vous m'en tendre! Et sur vous, pour calmer vos maux, La République va s'étendre Comme un arbre aux féconds rameaux. Sa verdure serait flétrie Par un président mirmidon !
Chassez-le donc.
Chassez le donc! Pour le salut de la patrie, Bons citoyens, chassez -le donc!
PKOMF.SSES DE DEVOIEMEM, DEMANDES — Extrait du Chat. —
u'kmplois. — « Dans iiiicliiiies sùmajies, loul cela ^era pa\r. »
I, DOOLEVAttD DES ITALIENS.
30 oeiiliiiics la llYraiNOii.
RIIK RICHELIkU, Ht
-pXT
lltions de la Soaseription. — La Revue comique formera un iiKignifuiiie volume, grand in-8, publié en 50 livraisons à 30 centimes, la poste, 40 centimes, — Pour tout ce qui coucerne la direction, écrire [franco) à M. Lireuï, au bureau de la Revue, 2, boulevard des iens.
DUMUVX&AT, B9XTSUB, SS, B.US BX^ULISU. 3e H^aison.
'Z' EDITION.
GLORIEUX EPISODE DE LA VIE DU PRINCE POUR RIRE.
VISITE A WELLINGTON.
Attitude (lu neveu de la colonne devant le lion de Waterloo.
Ptri«,— Tiré aui presse* méctniqnes de Lichampb fils •! Comj>.j ru0 DamielUi 2.
LA SEMAINE.
Cette fois la Semaine entra chez moi sans se faire annoncer, s'assit dans mon meilleur fauteuil, et m'an- nonça son arrivée en me lançant une bouffée de ciga- rette à la figure.
C'était une assez jolie petite Semaine, les yeux ani- més, les cheveux noirs, la casquette sur l'oreille, une cravache à la main.
« C'est vous, lui dis-je, mademoiselle; qu'avez-vous à me raconter?
— De fort jolies choses ma foi ; par où faut-il que je commence ?
— Par où vous voudrez.
— Je vous dirai donc que je suis allée au Théâtre- Français, où je me suis fort ennuyée.
— On donnait une tragédie.
— Pas du tout, un drame, un vrai drame, André del Sarto. Il est vrai de dire que ce drame ne s'atten- dait pas à monter sur les planches, et que c'est un honneur que les comédiens lui ont fait malgré lui. J'espérais me dédommager en entendant Desdemone à l'Opéra, mais Othello est sérieusement indisposé. On assure qu'il a fallu le saigner.
— Il fallait aller aux Italiens.
— J'avais fart retenir une loge pour voir les deux débutantes, mademoiselle de Méric et madame Ron- coni; mais ici une autre indisposition
— La grippe?
— Non, quelque chose de plus grave.
— Quoi donc?
— La faillite m'a fermé la porte au nez. Le malade est dans un état grave.
— Il guérira peut-être ; les médecins espèrent-ils le sauver?
— Oui, si on lui applique la subvention à temps.
— Il vous restait l'Opéra-Comique.
— Je n'aurais trouvé de place qu'à la quinzième représentation du Val d'Andorre, et je n'avais pas le temps d'attendre. J'ai préféré d'autres distractions. J'ai inventé le banquet mâle et femelle, le toast androgyne; j'ai fait communier l'homme et la femme sous les es- pèces du veau et de la salade; et, grâce à moi, des en- fants au-dessous de sept ans ont récité des discours po- litiques.
— J'aimerais mieux des fables.
— Cela dépend des goûts ; d'ailleurs les enfants ne veulent plus entendre parler de l'apologue. J'aurais voulu refaire pour eux Peau d'Ane et le Petit Poucet au point de vue des idées modernes ; malheureusement mes huit jours d'existence n'y auraient pas suffi.
— D'autres Semaines s'en chargeront.
— J'aime à le croire; d'ailleurs des affaires plus graves m'occupaient.
— Lesquelles?
— Des duels parbleu ! Est-ce qu'il y a aujourd'hui de bonnes semaines sans un petit duel.
— L'Assemblée nationale a donné l'exemple.
30
REVUE COMIQUE
— Et elle le suit.
— Cette fois, c'est le socialisme qui s'est battu.
_ Vous ne dites rien du manifeste du prince Louisï
— C'est une chute poui- M. Tliiers.
— Ce grand homme, vous le savez, s'est posé en protecteur, non du prince Louis dont il dit pis que pendre, mais de sa candidature qui sert ses desseins secrets. Il avait daigné faire lui-même un manifeste superbe pour cet infortuné prince ; or, ce manifeste, le citoyen iirince a eu l'impertinence de le refuser, de le refuser tout net. Le Constitutionnel en a tressailli, et la moitié de la rue de Poitiers, qui s'était livrée un peu étourdiment à l'ex-prétendant, a fait comme le Constitutionnel. M. Thiers est de ceux à qui le mal qu'il fait n'a jamais profité: cela devrait le corriger d'en faire ; mais à son âge on ne se corrige plus.
— Autre guitare :1e grand poète, l'homme profond, il est dans les 34 ; il a voté contre le général (lavai- gnac.
— Vous vous trompez ; M. de Lamartine...
— Qui vous parle de M. de Lamartine".' il n'y a (lu'un poète et qu'un homme profond au inonde; deiuaiHhz plutôt -Ci l'Événement. M. Victor Hugo...
— Allons donc ! en politique, M. Victor Hugo est de la force d'Alcidc Tousez.
— Avez-vous lu les vers de madame de Girardin'? l'auteur aussi illustre que malheureux de Cléopâtre.
— Oui. La haine fait des miracles que ne fait pas l'amour. Quand l'ex-inuse de la patrie mourra, je propose qu'on grave ces paroles sur sa tombe ;
Ci-g!lle nioiUMe des épouses; Elle fut fidèle à son mari en vers comme en prose.
— Ajoutera-t-on que son époux inconsolable...
— Vous m'en demandez liop long, répondit la Se- maine.
— Est-ce là tout ce que vous aviez à nie dire?
— Tout. Est-ce que par hasard vous ne seriez pas content? En ce cas »
La Semaine allait me provoquer en duel pour finir comme elle avait commencé. Heureusement l'heure fatalesonna, et elle s'évanouit comme une légère fumée.
« Je te parlerai du pape à ma |)rochaine visite, » dit-elle.
Ti-nlative de coiiibiiiciison nmiisUTielle du prince poMrnVe;
A i;USAGE DES GENS SfillIEUX.
^
Je me connais ! citoyens ; c'est pourquoi je m'engage à faire réussir toute candidature de n'importe qui à n'importe quoi, pourvu toutefois que ce ne soit pas la mienne !...
A MADAME DELPHINE GAY DE GIRARDIN,
A PROPOS DU FKLILLETOM DE Li. PRESSE DU Î8 NOVEMBRE 1S48.
Air des Rossigncls.
Vous qui chantiez l'indépendance, Qui de Foy pleuriez le trépas, A la commune décadence, Delphine, vous n'échappez pas. . Le temps, dans son essor rapide. Épargne encore vos beautés ; Mais c'est votre esprit qui se ride. Hélas ! hélas ! tous m'attristez.
Contre un général que la Presse Poursuit de sarcasmes amers, Vous lancez avec maladresse l'n lourd pavé de deux cents vers. Suspendez, je vous en conjure, Des coups aveuglément portés.
A votre époux laissez l'injure. Hélas ! hélas! vous m'attristez.
Vous aviez les ailes d'un ange. Et voilà leur éclat 0étri ; Et vous les trempez dans la fange Pour le bon plaisir d'un mari. En suivant sa funeste voie. Pauvre bas-bleu, vous vous croltez : Trop de tendresse vous fourvoie. Helas ! hélas ! vous m'attristez.
Mais non : la haine seule altère Votre esprit jadis si brillant.
Quelle tournure militaire Vous affichez en rimaillant ! D'un casque afl'ublant votre verve, La lance au poing, vous combattez. On va vous prendre pour Minerve. Hélas .' hélas .' vous m'attristez.
Ou bien vous serez confondue Avec ces dames dont Vadé Prôna la langue bien pendue, La verdeur et l'air décidé. A leur brutal vocabulaire Vos gros mots semblent empruntés. Voyez où conduit la colère : Hélas! hélas! vous radotez.
REVUE COMIQUE
SlITF. OES .VVKMlllES I>1' l'HI.NC.K POIK UIRE.
■ Ayant toujours aimé la sociélé des gens bieo mis et des hommes spirituels, le prince Pour Rire se tait présenter au jockey-club, à son arrivée à Paris.
— Ce petit chape
1 est beaucoup trop grand pour vous; celui de monsieur Toui irait mieux.
UN CLUB NAPOLÉONIEN.
LE PRÉSIDENT. « Citoycns, la si-ancc est ou- verte ; la candidature du prince Louis-Napoltjon est à l'ordre du jour.
IN CITOYEN. — Je demande la parole.
LE PRÉSIDENT. — Parlez !
LK CITOYEN. — Je uionte à cette tribune pour appuyer la candidature du prince.
Voix nombiTuses. — Bravo !
LE CITOYEN. — L'Empire fut une époque glo- rieuse poui nos armes, et je suis lier d'avoir con- tribué, pour ma faible part, à couvrir la France de lauriers. Ah ! citoyens, je ne puis retenir des larmes d'admiration, en songeant au grand hom- me que nous avons perdu ; pardonnez cette émo- tion au vieux soldat; elle est d'autant plus na- turelle que le héros, je puis le dire, m'honora d'une affection particulière. Ah! laissez-moi vous rappeler les principaux faits de son immortelle histoire, pour réchauiler nos cœurs dans un commun enthousiasme.
L'Empereur naquit en Corse ; moi, je vis le jour dans un humble village, ile parents agri- culteurs; vous savez que l'agricultureexci ta tou- jours la sollicitude du héros. A vingt ans, étant tombé à la conscription, et ayant été juge bon pour le service, quoique j'eusse avalé vingt- quatre gousses d'ail pour me donner la fièvre, je me cachai afin de ne point partir. Mon pro- jet était de rester au pays pour le défendre contre une invasion. Les événements de 1814 et 1813 ne m'ont donné que trop raison. L'Em- pereur me le dit lui-même à Fontainebleau, le jour où il signa son alidication : » Mon brave, dit-il, en me pinçant l'oreille, tu avais bien jugé la situation. Je n'ai qu'un regret aujourd'hui, c'est de n'avoir pas tiré de tes lumières tout le parti possible. Tu aurais pu me servir dans la diplomatie. »
Découvert par les gendarmes et conduit au ré- giment, je conquis rapidement le grade de capo- ral. Après six années de service, l'Empereur m'uffrit lui-même les galons de sergent sur le champ de bataille. Je les refusai respectueuse- ment pour des motifs qui furent mal jugés : « Ah ! ah ! monsieur l'orgueilleux, médit l'Eni- ])crcur en me donnant une légère tape sur la joue, vous voulez rester toute votre vie le pre- mier caporal de France pour faire concurrence au petit caporal ! Eh bien ! soyez le premier capo- ral de France, j'y consens... » Citoyens, après bien des années, je ne puis me rappeler ces simples paroles sans verser des larmes. Nom d'un petit bonhomme ! Je n'ai pleuré que trois
\ r;rs.\<;K uks gkns skuikux
fois dans ma vie: lorsque je perdis mon eoloiiel, — le jour où l'oii iiimoii(;a la luort de l'Kmpe- reur, — ciifm, loi>;ijue je reçus le dernier sou- pir de ma vieille lionne femme... Mille liombes ! pardonnez à l'émotion du vieux soldat! (// s'es- suie un œil avec le revers de la main.)
Ayant refusé les j^'alons de sergent nlTerls par l'Empereur lui-même, je jurai de eonserver éternellement le litre glorieux de premier ca- poral de France. On voulut en vain me nommer lieutenant, capitaine, colonel, général de bri- gade ; je n'acceptai rien, pas même la croix, (l'est que j'avais l'àme ulcérée de voir les anticham- bres du grand lionmie remplies de grands cor- dons, de grosses épaulettes, d'uniformes chamar- rés d'or, qui le trahissaient! Ah! nom d'une pipe! quand je pense qu'efîeclivement il a été trahi !... Mille millions de cartouches !... mil- liards de bombes ! Moi, me mêler à ces traîtres ! Moi, faire voir le tour à l'homme du destin ! Ah ! sacrebleu !... Mille milliards de millionsde pipes du bon Dieu ! ! !
Voix nombreuses. — Bravo! bravo!
l'orateur. — Et maintenant que je vous ai retracé dans une rapide esquisse les principaux traits de la grande ligure de l'Empereur ; main- tenant que nous avons ensemble jeté de nou- velles fleurs sur sa tombe, permettez au vétéran qui fut son ami de descendre de cette tribune ; les forces me manquent; je succombe à mon émotion ; j'ai besoin de me rafraîchir avec quatre gouttes de quelque chose. »
{L'orateur descend de la tribune au milieu des plus bi'uyants témoignages de sympathie.)
LE pRÉsiDERT. B Citoyens, je crois me faire ici l'interprète du sentiment unanime de l'assem- blée, en votant des félicitations à l'orateur.
Cris nombreux. — Oui ! oui !
LE PRÉSIDENT. — Quclqu'uu dcmande-t-il en- core la parole ?
UN MEMBRE DU CLUB. — Jo la demande.
LE PRESIDENT. — Parlcz!
l'orateur. — L'Empire fut une époque glo- rieuse, et je suis fier, etc., etc., etc. L'Empereur naquit en Corse; moi, je vis le jour dans un humble village, de parents agriculteurs... A vingt ans, étant tombé à la conscription, et ayant été ti'ouvé bon pour le service , quoique j'eusse avalé vingt-quatre gousses d'ail pour me donner la lièvre, je me cachai afin de ne point partir. Mon projet, etc., etc. » (La suite comme au dis- cours précéde/it .)
Quand l'orateur a fini, un autre monte à la tribune.
« Citoyens, laissez-moi vous rappeler les princi- paux traits de l'immortelle histoire de l'homme
De même que son oncle consultait ma-l' tr.o.;t-!Io Lcrtormand, de même il se fait tirer les cartes pat une sorcière de la rue Slontorgueil; elle lui promet tout ce qu'il veut : la Présidence, l'Empire, Austerlitz. Mais ce qu'il demande et ce qu'il cherche en vain, c'est l'iToiLEl!! — sans compter la manière de s'en servir.
REVUE COMIQUE.
— Prince, nous aTons pensé qu'il fallait vous populariser. J'ai l'honneur de présenter à Votre Altesse monsieur, — un de mes amis, dont je réponds comme de moi-même, — et qui va vous céder à des prix doux un petit Traité skt le Paupérisme.
us AMI DU PRINCE COURTIER ELECTORAL-
— Nous sommes immenEément riches. Pendant cinq ans, le prince paie les impits pour la France entière, et il retire tous les habits du Mont de Piété.
— Vous devriez bien lui dire alors qu'il commence par votre redingote.
qui, etc., etc., etc. L'Empereur naquit en Corse; moi, je vis le jour, etc., etc., etc. L'agriculture excita tou- jours la sollicitude du héros, etc., etc., etc. A vingt ans, étant tombé à la conscription, etc., etc., etc. (Tf orateur quitte la tribune au milieu d'un tonnerre d'applaudissements.)
IN ouATRiÈ'\iK oRATErn. — L'Empcrcur naquit en Corse; moi, etc., etc., etc. » [L'orateur descend en triomphe de la tribune, et le président lui vote des féli- citations.)
LE pRÉsinENT. a Quclqu'un dcmande-t-il encore la parole'?
VK CITOYEN. — Je la demande. Est-il permis d'expri- mer franchement son opinion?
LE PRÉSIDENT. — Cc doutc cst uuc injurc. LE ciTOTEN. — Citoyens...
LE PRÉSIDENT. — Nous somnics tous des amis de la liberté.
LE CITOYEN. — .le monte à cette tribune... LE PRÉSIDENT. — Parlcz sans Crainte : Napoléon aima a liberté ; il voulait que chaque citoyen pùtmetli-eson opinion au pot tous les jours. Parlez avec assurance, vous en avez le droit.
LE CITOYEN. — Jc viens donc ici pour... LE PRÉSIDENT. — Daus Ics idécs napoléoniennes, la liberté de la tribune est sacrée comme la liberté de la presse.
LE CITOYEN. — Jc viens donc ici pour combattre... LE PRÉSIDENT. — Hein ! Plaît-il? LE CITOYEN. — Pour combattre la candidature du prince Louis.
LE PRÉSIDENT. — Jc VOUS rappelle à l'ordre ! Plusieurs rneiubres du club. — Qu'est-ce à dire? A la porte, l'impertinent!
Voix nombreuses. — A la porte ! A la porte ! LE PRÉSIDENT. — Flanqucz-moi ce drôle à la porte. A bas le jiékin!
[Cris, tumulte : une douzaine des plus vigoureux membres du club escaladent la tribune, enlèvent l'ora- teur et le jettent dehors.)
I,ES COMITÉS BONAPARTISTES.
Il y a dans Paris une demi-douzaine de comités bo- napartistes qui fonctionnent nuit et jour dans l'intérêt de la candidature du prince Louis.
On a le droit de s'y présenter en amateur et comme un homme encore indécis, qui désire s'éclairer sur les mérites respectifs des candidats avant d'écrire son bul- letin. Le directeur vous reçoit avec la plus grande po- litesse, afin de dissiper le préjugé trop répandu sur les façons violentes des vieux braves de l'Empire à l'égard des pékins.
Les bureaux sont généralement au premier , pour
A L'USAGE DES (TENS SERIEI X.
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ménager les jambes des visiteurs. Sur la porte, on lit : Ne prenez pus la peine de tourner le bouton, s. v. p. Le paillasson vous essuie les pieds du lui-même; c'est un paillasson auto- mate, rt5vé autrefois par Yaucanson. II y a une patte d'aigle au cordon de la sonnette ; mais on n'a pas même besoin de sonner : un garçon de bureau, déguise en invalide, avec une fausse jambe de bois, vous guette par un œil-de-bœnf, et la porte s'ouvre avant que vous l'ayez tonclii'f. Il y a des gens à qui le prodige du paillasson automate et de la porte qui s'ouvre d'clle-mi"nie inspire une subite méfiance : au lieu d'entrer ils prennent la rampe et redescendent précipitam- ment. Mais vous êtes plus aventureux : vous mettez le pied dans l'antichambre. Deux domes- tiques vous retirent votre paletot; s'il y a de la poussière, on vous donne un coup de brosse ; s'il d plu, on vous éponge ; on vous ^iropose de vous cirer les bottes; au besoin, on vous rase- rait et on vous donnerait un coup de fer. Si vous faites mine de regarder par la fenêtre, on vous apporte une longue-vue. Il y a des visiteurs qui abusent de ces prévenances au point de de- mander un bouillon, qu'on ne leur refuse pas.
Ces divers offices d'antichambre sont remplis par des amis du prince, qui se sont déguisés en domestiques pour épargner à la bonne cause des frais de bureau, il y en a un qui est déguisé en nègre, et qui répond au nom de Cocambo. C'est lui qui cire les bottes. — Voici ce qui s> passe dans les bureaux du comité :
Le directeur est assis dans un vaste fauteuil ; il est décoré de plusieurs ordres étrangers. Sa phrase favorite avec les visiteurs encore indécis dans leur vote, est celle-ci : « Fils de soldat, sol- dat moi-même, je suis convaincu que la poli- tesse doit être, après' le courage, la première vertu de quiconque porte une épée. Dites-le à vos amis ; qu'ils sachent bien que l'on nous ca- lomnie en nous représentant comme des traî- neurs de sabre systématiquement incivils envers les pékins. Monsieur est sans doute militaire? cela se voit à son air martial.
— Je suis simple pékin.
— Le mot est charmant. Simple pékin, comme on dirait simple soldat ; le rapprochement est ingénieux! Ah ! monsieur, que l'on a de l'esprit aujourd'hui dans le bourgeois ! Le prince est bien loin de partager les préjugés de son oncle contre les idéologues ; son projet est de s'en- tourer de gens d'esprit et de faire régner la politesse partout. Oserai-je vous offrir son por- trait?
— Offrez !
— Une courte biographie l'accompagne ;
- Prince, je tous amène ces messieurs, tous vieux de la vieille, pour composer votre cabinet et votre cour.
Le prince, ne les trouvant pas asseï bien mis, choisit son cabinet et sa cour parmi quelques journalistes de ses amis et plusieurs personnages très-consi- dérés dans toutes les tables d'hôte des Bâti gnoUes.
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KEVLIE COMIQIE.
GRi;«D cOiNCOlJns Foin le foilthut dd pbin
L'exposition aura iieu dans le prochain numéro.
Physionomie des artistes^ après qu'ils ODt pris connaissance du
programme.
LES OHGUES ELECTORALES EN PROVINCE.
Rendez-lui son petit chapeau. Sa redingote grise Et sa noble dcTise; Rendez-lui son petit chapeau Et son épée et son drapeau.
— Connu, connu ! c't' air-U I noua en avons plein l' do>, parûtes aussi!
— La suite au prochain numéro.
quelques lignes seulement sur ses malheurs... ce récit vous arrachera des larmes. »
Un garçon de hureau se présente d'un air effaré : « Commandant, il y a là six colporteurs qui deman- dent des portraits du prince. "^
— Qu'on leur en donne un ballot à chacun.
— Mais, commandant, il n'y en a plus; le tirage est épuisé ; ces drôles donnent les exemplaires pour rien.
— Eh bien! servez-leur l'image du Juif errant; c'est assez bon pour les campagnes. »
Le garçon de bureau sort et rentre presque aussitôt, a Commandant, il n'y a même plus de Juif errant : il ne reste que du Crédit est mort.
— Donnez-leur du Crédit est mort, et laissez-moi tranquille. »
Un commis entre, une note à la main : « Commandant, voilà encore Turlurobert qui fait ses farces.
— Qu'est-ce que c'est que Turlurobert?
— Notre agent dans le centre ; il se laisse enfoncer par les paysans en leur payant bouteille. Voici sa note, qui s'élève à 1,537 francs 50 centimes.
— Turlurobert est un ivrogne : c'est lui qui a soif et non pas les électeurs. Ecrivez-lui que s'il continue à griser les départements nous le mettrons à pied. Allez ! »
D'autres commis se précipitent dans le bureau : « Commandant, de mauvaises nouvelles !
— Commandant, nous sommes fumés !
— L'agent Fumichon a voulu prendre la parole dans un comité électoral, et le peuple l'a attendu à la porte pour le lapider.
— Corbleu !
— L'agent Saucissard est en plan dans une auberge, d'où on ne veut pas le laisser sortir jusqu'à ce qu'il ait payé sa note.
— Fichtre !
— Mais ce ipii nous fait le plus de tort, c'est que Saucissard a promis que les impôts seraient sujiprimés pendant cinq ans, et que le prince Louis distribuerait des millions aux paysans; avec ça, il ne paye pas son aubergiste.
— Eh bien ! que Saucissard aille se faire...
— Et Fumichon?
— Qu'on l'assomme !
— Mais si Saucissard crève de faim dans la rue en parlant des richesses du prince Louis, quel effet ça va- t-il faire?
— L'effet que ça pourra. Allez tous vous promener, vous me rompez la tète. Nous n'avons plus le sou; l'emprunt de 500,000 francs payables après le vote de la présidence n'a pas réussi, et le propriétaire va nous donner congé. Cocambo, donnez-moi ma canne et mon chapeau, et allons-nous-en duier. Fils de soldat, soldat inoi-mèine, je continue de vous recommander la plus grande politesse avec nos visiteurs; on ne sait pas ce qui peut arriver;
.\ I.LSAGE DKS GKNS SKUIIXX.
37
TYRANNIES OCCULTES.
DU DESPOTISME DES LUNETTES.
LE HEGABD, C'eST l'bOMME. [Varianlt détagréabU'pour M. le cotnle de Buffon.)
hose étrange ! Tandis qu'à rheurc présen- te tous les peuples se ruent à rencontre des pouvons portant sceptre et couron- ne, ces mêmes peuples laissent Iran Uement fleurir à l'om bre de l'hyopcrisie une foule de tyran nies inédites bien autrement redou- tables que celles qui se pré' sent sur un trône entre deux griffons dore's. ^=%
L'une des plus dangereusesdeces puissances caute- leuses et terri- bles, celle à l'en- droit de laquelle le moment de l'in- surrection est en- fin arrivé , c'est ^ évidemment le despotisme formi- dable qui se dissimu- le sous le nom ano- din de lunettes.
Ceci n'est pas unebou- _ tade à prétentions paradoxa- le,; — la pire espèce de plaisan- — teries, — c'est un cri d'indignation sincère, c'est un appel au courage de tous les hommes loyaux qui marclient dans rni la vie le front haut et l'œil nu.
C'est, dit-on, au milieu du quatorzième siècle que le Pisan Alexandre Spina médita et accomplit les besicles '^ ' ■
dans son fatal génie. L'Italie du moyen âge, qui fournissait
l'Europe de poi sons et d'astrolo- gues, d'inquisi- teurs et de bravi, et qui la fournit aujourd'hui, en concurrence a- vec l'Allemagne, d'insurrections , hélas! avortées, devait en effet la doter du plus terrible ^ ' auxiliaire, de l'astuce et de l'hypocrisie.
Voici donc cinq cents ans que l'humanité se courbe, ans le savoir, sous le despotisme persévérant et caute- leux des lunettes. Depuis ce temps, bien des races augustes, qui se promet- = taient l'éternité, ont disparu devant le souffle des nations. Depuis ce temps, bien des multitudes se sont émues contre toutes les tyrannies, et les lunettes se sont accrues sans cesse en nombre et en audace, et pas une vois ne s'est
élevife contre
*V
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leur oppression, la plus sournoi- se, et partant, la plus dange- reuse de toutes.
Mais les puis- sances d'iniqui- tés s'écroulent toujours dans leur triomphe.
Il est bien entendu que ce- ci ne s'adresse
58
REVUE COMIQUE.
pas aux braves gens qui pensent, dans leur simplicité, que les lunettes sont faites pour y mieux voir. — Loin d'édaircir la vue, elles la brouillent, au con- traire, connue chacun peut s'en convaincre. Or, puisque cet instrument trouhle les meilleurs yeux, à plus forte raison doit-il évidemment empirer les mau- vais.
Il est vrai que certains hommes poussent l'effronte- rie jusqu'à noircir leurs verres, toujours pour y voir plus clair. A ceux-là, nous demanderons ce qu'ils pen- seraient d'un sourd qui se boucherait les oreilles afin d'y mieux entendre.
Du reste, la nécessité très-visible où se trouvent tous ceux qui portent lunettes, de regarder par-dessus ou
par-dessous, quand ils ont réellement intérêt à y voir, est une preuve sans réplique de leur duplicité.
Non, le but de ces hommes, perfidement habiles, n'est pas d'y voir plus, mais d'être vus moins. — Dissi-
muler leur regard en brisant celui des autres, lire dans la pensée de leur adversaire en cachant la leur, voilà leur seule, leur vraie raison. — Un duelliste qui se cuirasserait de fer sous prétexte d'avoir la poitrine fai- ble, ne serait donc ni plus fourbe, ni plus lâche que ceux qui se masquent ainsi les yeux sous semblant de mauvaise vue.
Mais les vieillards?
Eh! mon Dieu, les vieillards y voient si net qu'ils lisent presque tous leur journal à trois pieds de dis- tance ! Mais en avançant dans la vie, tout homme s'a- perçoit que ses amis à lunettes le trompent plus encore que ses autres amis, et, pour lutter contre eux à ami~ tié égale, il s'emprisonne aussi les yeux.
D'ailleurs, jeune ou vieux, tout porteur de lunettes cache derrière elles la ruse, la défiance, la sécheresse de cœur et de tous les autres vices égoïstes qui consti- tuent ce qu'on appelle la sagesse des vieillards.
C'est, qu'en effet, ce n'est pas au front que Dieu a marqué les bons et les mauvais, comme l'ont traduit quelques hébraïstes ignares; c'est dans l'œil et dans l'œil seulement. — La bouche de l'homme sourit au
mensonge, sa voix chante, pleure et joue ce qu'il veut, mais son regard ne ment jamais, parce qu'il ne lui appartient pas.
L'œil est donc la révélation sincère de l'homme. —
A i.isAci: iti;s CKNS si^iURUX.
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A regard droit, cœur loyal; — à œil faux, cœur faux.
I>ii<" i|ii'iiii ri'^'iird csl faiixesldii reste une siiUise ; il est Irès-t'nuic ati eniilraiii; iMiis(ju'il dil liiiiiièiiie : je suis fiiux.
Or, avant la déplurahle invoutiou de Spiiia , Ions les lioiniiies étaient égaux devant leurs (iropres jeux.
Alors, en politique, en diplomatie, en afraircs, le viirilalde génie, le calme naturel et l'Iialtileté a(((uise, l'enipiirlaient toujours de liant dans des luttes où cha- cun se montrait à visage découvert.
Alors, pour domineret tromper les autres, il (allait avoir une snpérioiité réelle ijni juslili.U le iles|)otisme et enudldit la tromperie.
L'antiquité connaissait le verre : Moïse, Job et Aris- tote en parlent. — Mais jamais l'idée de l'employer en lunettes ne pouvait venir à des hommes qui respec- taient trop la ruse pour la matérialiser.
La célèbre controverse sur les nez amiqces, qui a lieu en ce moment à l'université de Gœttingue, met en doute, il est vrai, le mérite des Grecs dans cette question de loyauté.
Se fondant sur ce que, depuis l'Apollon jusqu'à la
Vénus de Milo, jamais une slatue gricqu! ne nous est parvenue avec son nez {ce qui est parfaitement liistu- rique) , la majorité des docteurs allemands pensent que le nez est d'invention romaine, et que jamais Grec n'en a porté. — Cette assertion parait très-sensée quand on songe aux effroyables nez que se mettaient les Césars. Tout inventeur aimanta voir exagérer sa découverte, on comprend alors combien cette inscription devait flatter le sénat et le peuple romain. S. P. Q. R.
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REVUE COMIQUE
Mais que ce soit faute de nez, ou par un noble mé- pris , toujours est-il que les Hellènes ignoraient les besicles, et que les nations modernes ont seules gémi sous ce iléau.
Dans les trahisons intimes de Tamitié, comme dans l'exploitation des idées généreuses qui mènent le peu- ple, les hommes francs, à l'œil libre, sont donc cons- tamment victimes des hommes à l'œil Titré.
Ainsi, les médecins, les savants, les usuriers, les hommes d'État sans état, tous ceux enfin qui ont be- soin d'imposer et d'en imposer, portent presque tous des lunettes.
Si bien, chose honteuse, que pour s'opposer à ce despotisme des médiocrités, les hommes forts d'eux- mêmes sont contraints de s'abaisser, quand leurs yeux le permettent, jusqu'à se servir de ce triste expédient.
Un diplomate, qui gouverna longtemps l'Allemagne, ne pouvait s'habituer aux lunettes. En ce péril, de- vant des adversaires qui en portaient , il s'est fait borgne ; oui, borgne ! Et cela, pour cacher du moins la moitié de sa pensée.
Feu , de glorieuse mémoire, Napoléon essaya aussi inutilement, à Brienne d'abord , puis en Egypte , de porter lunettes. Mais pour y suppléer , il inventa
bientôt son fameux coup d'œil d'aigle, qu'on ne pou- vait subir, sous peine de pulvérisation, ou tout au moins d'éternuement.
Ou plus souvent encore de démission.
A défaut de son génie, de sa gloire et de ses traités , si certain oiseau collatéral croyait avoir hérité du moins de ce regard avunculaire , nous lui conseillerions de n'accepter encore cette dernière vanité que sous l)éné- lice de lunettes.
Enfin, le plus souple, le plus adroit et le plus mé- ridional de tous nos hommes d'État depuis 1830; le seul qui ait su pendant dix-sept ans se ménager le pou- voir dans la popularité et la popularité dans le pouvoir, cet homme qui essaye encore aujourd'hui de remonter à flot, ne doit sa supériorité de bonheur et d'adresse qu'aux lunettes historiques qu'il porte depuis son am- bition, c'est-à-dire depuis son enfance.
Faute de descendre ainsi dans les ruses privées des grands dominateurs du monde, l'histoire désorientée entasse souvent théories sur théories pour tâcher d'ex- pliquer ces immenses supériorités. Un seul mot suffi- rait presque toujours pour illuminer ces questions comme un phare. Demandez , par exemple , aux his- toriens, la raison du génie de Louis XI ? Que de causes majeures ne donneront-ils pas aux succès du despotisme de ce chat-tigre ! Et pourtant cette puissance féline no prenait naissance que dans un simple fait complète- ment oublié : — Louis XI était le seul roi de son temps qui portât des besicles.
Notez que nous n'avons pas cité l'Amour, qui fait semblant de n'y pas voir pour mieux atteindre sa vic- time.
A cette dégradante tyrannie, quelques yeux coura- geux , mais imprudents, ont essayé d'opposer le lor- gnon. Cette tentative eut le sort des demi-révoltés, elle échoua. — Se servir de lorgnon I Mais autant vau- drait se jeter dans une mêlée avec son épée dans le fourreau !
La noble France qui a toujours guidé le monde dans
A L'USAC.L DES GENS SERIEUX.
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le chemin do la liberté, doit aussi secouer la iirciuière le joug liuniiliaDt des lunettes.
Pour cela, deux simples petites lois sulïisont; cl par la fécondité de nos législateurs, deux lois ne sont pas une alTaire d'Etat.
I.a première supprimerait les ojiticiens, et assimile- rait leurs marchandises à l'acétate de nioii)liine, aux couteaux-poignards, aux cannes plombées et aux fusils i\ vent.
Par la seconde, on inscrirait au seuil des chambres
législatives, des tribunaux, des études de notaires, etc., partout où se traitent et se débattent des intérêts : Ici
O.N NK rOUTK PAS DE LINETTES.
A moins ce|)cndaiit que, comme pour la vaccination, l'État ne préfère imposer aux parents l'obligation de luneter leurs enfants au berceau.
Tous les hommes n'ayant pas la môme vue, le pre- mier projet nous parait encore préférable. — Porter lunettes est certainement d'un grand secours pour tromper, mais il faut pour cela avoir d'excellents yeux.
VOTONS POUR BONAPARTE.
Air : Gai, gai, marioHS-nous
Gai, gai, c'est convenu, Nous porterons Bonaparte ; Gai, gai, c'est convenu. Nous voulons qu'il soit élu.
On dit qu' sa bourse est creuse. Tant mieux, j'en suis content; La France est généreuse. Donnons-lui notre argent.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
Chaque socialiste Dit qu'il va l'appuyer, La France communiste Est bonne à partager.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
Vous, paysans utiles. Vile plantez vos choux; Les fainéans des villes Les mangeront sans vous.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
A la France on peut dire Quel sera son bonheur, Car elle aura l'empire Complet... moins l'empereur.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
La guerre sans victoire, Le nom sans le héros ; Nous n'aurons pas la gloire. Nous aurons les impôts.
Gai, gai, c'est convenu.
Tous nos principicules, Gras de dotations, Nous donn'ront des férules Et prendront nos millions.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
Tous les chapeaux à claques Prendront position, Puis viendront les Cosaques Avec l'invasion.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
Ob ! la reconnaissance Déborde de mou cœur ; Français, à bas la France Et vive l'empereur.
Gai, gai, c'est convenu, etc.
Icare impérial. — Extrait du journal LE Bossu, journal français publié à Londaes. —
11(111 rVAiin iii>, iiAi.ii..'
:E0 rciiiiitKs la livraison.
ii{ i: Miiiviin-, f(2
aditions de la Soascripiion. — La Kevue comique formera im masailique volume, grand in-8, publié en SO livraisons à 50 cenlinies.
mr la poste, 33 ceuliinos. — Pour tout ce ([ui coiicerue la direction, écrire [franco) à M. LiuECX, au bureau de la Revue, 2, boulevard d.^s
Italiens. , „ . , ■
DUMINERAY, EDITEUH, 52, aUE HICHELIEU 4e inraiSOn,
12 DÉCEMBRE 1848.
So7. (lu prince pour rire, — avec une vue de son confident.
Pari.. — Tir.' mu prc<i.'i m,Vaiiiqn.>! rie T-acrampr (il( ol Comp., rue Damielle,
LA SEMAINE.
Et comme la scmainp dernière ?p pn'senlait pour être entendue à ?on tour, je me levai et lui dis brus- quement :
— Pour aujourd'hui, madame, je me priverai du plaisir de vous écouter, car je sais d'avance que vous n'avez rien à me dire.
— Comment rien ?
— Absolument. Croyez-vous que l'on puisse entre- tenir en ce moment le public des vaudevilles plus ou moins aristophanesques de M. Clairville, et des traduc- tions deM. Bulwer,qne l'on joueauThéàtre-Historique?
— Mais l'Opéra ?
— Les débuts de mademoiselle Lagrange dans Othello, voilà bien de quoi occuper les Parisiens. D'ail- leurs mademoiselle Lagrange n'a rien d'assez extraordi- naire pour...
— Laissons donc de côté les théâtres.
— De quoi me parlerez-vous donc?
— De miss Burdett-Conts.
— Qu'est-ce que cette miss '?
— La plus riche et la plus laide héritière de Londres. Autant de millions que de printemps : quarante-cinq peut-être ; le teint légèrement couperosé comme toutes les riches héritières anglaises ; les cheveux blonds : c'est la future Marie-Louise du futur empereur. Le prince Louis a cherché une archiduchesse dans la haute ban- que. Miss Cents est à Paris, elle a mis ses millions à la disposition de la candidature du prétendant, e'est la France qui payerait les intérêts; miss Cents a promis de se faire catholique afin de rendre possible un nou- veau sacre.
— A Reims ?
— Non, à Notre-Dame. Le prince Louis compte sur le pape pour verser sur son front l'huile sainte. Vous savez qu'on répand le bruit, dans les campagnes, que Pie IX , chassé de Rome par un Bonaparte , n'a quitté Rome que pour venir en France sacrer le cousin de son persécuteur. C'est madame Delphine Gay de Gi- rardin qui doit être nommée première dame d'hon- neur de l'impératrice, ou, si vous aimez mieux, de miss (]onts!
— La muse prendre la livrée, vons n'y songez pas;Né- mésisdame d'honneur, c'est impossible. Mais j'ai une autre nouvelle à vous annoncer.
— Laquelle?
— La résurrection du poète Barthélémy.
— C'est la troisième au moins.
— Il chante Louis-Napoléon.
— Après avoir chanté la République et Louis-Phi- lippe, que ne chanterait-il pas? Maintenant, avez- vous fini de défiler votre chapelet de cancans hebdoma- daires?
— Il me reste encore à vous parler des bals.
— Mais voilà deux semaines que ^L Marrast ne re- çoit pas.
— Nous avons les bals publics.
— [Is sent occupés par des clubs.
— Les bals d'actrices. Figurez-vous que mademoi- selle Scrivaneck, du Palais-Royal, adonné samedi der- nier une soirée dansante des plus animées, et que...
Comme je vis que mon interlocutrice allait entrer dans toutes sortes de digressions indignes de la gravité du pu- blic, je pris poliment la semaine dernière par la main, et la conduisant sur le seuil , je lui fermai la porte au nez .
Il
l'.i'AHK co.Miuir;
SLlTt DtS AVKMlliFS lU l'IJNr.t l'(H II lUlU. CllAl'irUE \l.
APOTllEOS!;.
ur 11 colonne.
IMlllTl'.MT DU.N CONTEMl'OUAlN.
11 L'.-l un lioiniiio iloul riiitelliyoïu'C , iliosc r;u'0 , n'est uoiilesU'e par porsoiine; cet liuiiiino, un des es- prits les plus actifs, les plus pei-sêvérants, les plus opi- niâtres, les plus lahoiieux de ce lenips-ci , est parvenu, à lurce de patience et de talent , à travers mille dé- boires et mille diflicultés, contre vents et marées, à créer un des journaux les plus considéraliles de France; il est le roi de ce journal, il en est le maître absolu ; l'éloge , le blâme, l'attaque y sont tour ù tour dispen- sés par lui d'une main toujours prodigue; cet homme pourtant n'a pas un ami, que dis-je, il n'a pus même un envieux, ce cpii revient à due, et c'est monstrueux h penser, qu'il n'est peut-être personne à Paris , à l'Iicure qu'il est, qui consente à éclianger son nom contre le sien.
Objet tour à tenir de la haine, du mépris , de la co- lère d'un grauil nombre, cet homme , disons-le, ne uousa jamais inspiré ([u'une profonde et douloureuse pitié.
A le voir tous les soirs, nouveau Sisy[ihe, rouler in- raligablement en haut de la montagne le roclier que chaque matin il retrouve à sa hase, nous nous sommes demandé plus d'une fois quand Dieu ^pardonnerait à ce malheureux, et si tant de courage n'aurait pas enfin pour récompense l'oubli possible de son passé. — Et voyant qu'au contraire la main qui le punit s'appe- santit tous les jiuirs davantage sur sa tète, nous avons recherché qui donc avait pu lui attirer cet épou- vantable châtiment.
Dieu eût pardonné à Sodome s'il s'y lut trouvé sept justes; nous disions, nous : N'y a-t il pas sept bonnes actions dans la vie de ce coupable, qui puissent plaider pour lui devant la justice divine , ou tout au moins l'absoudre devant les hommes?
Nous primes donc sa vie jour à jour, feuille à feuille, ligne par ligue ; d'abord l'espoir nous vint ; car au lieu de sept, nous y rencontrâmes cent , deiiv cents bonnes actions évidentes et à côté d'un grand nombre de paroles mauvaises, haineuses, perfides, d'idées dan- gereuses et inap[)licables, un grand nombre aussi d'i- dées bonnes, justes et sensées, généreuses peut-être. Kt nous allions blasphémer, nous allions accusera la lois et Dieu et les hommes, nous attendrir sur le sort de cet infortuné, aller à lui, l'enconiMger, lui dire de ne point désespérer, de revenir au bien tout à fait, et de chasser de son cœur l'amertume qui chaque jour eu déborde, quand tout à coup nous fûmes arrêtés par nu dernier scrupule ; et reprenant alors une à une les bonnes actions, les bonnes paroles, les idées généreuses ([ui nous avaient frappés dans sa vie et qui nous avaient paru devoir plaider en sa faveur, nous les soumîmes pour plus d'impartialité, à une dernière expérience. Nous recherchâmes leurs causes, puis leurs effets;
A i;us.\r.K i)i:s r.KNS sfiniKnx.
.M:ii< liiciilot, dpouvanlés Au ri-siilliit de ce dernier f\iinicn, iioiisl'aliandonnAmes n\oc liorrour, cm- sous t.ïiil ce liicn iiu-ntciir, il nous l'nt ini|)nssil)l(î de dccini- viir uiu' seule l'oiine iiilention, un seul acte désinlé- lessé, un seul l'I m uni n'eût son ealcul ; — les nuil- leures elioses smis nlle main liinesle n'i'taieiit eni- ployécs ([ne ennnne un innycn de faiie le mal on de détruire le liien.
Centristes, dégoùl.'s, le euMir serré, il nous falliU aliandonner cette déploralilo nalin'eàson stérile labeur; assurés désormais que le mal seul lui est possible, nous nous éloi-nàmes d'elle avec effroi. I.a voix du peuple est bien la voix de Dieu. — Condamné à n'être jamais qu'un de CCS agents dangereux qu'on utilise pendant la lutte, qu'on renie après la victoire, cet bommeaura donc fait le mal sans profit pour lui-même et le dernier de ses ennemis vaincus restera toujours pour lui un objet de jalousie et d'éternelle envie. — 5a 'punition est dans ce seul fait, elle est terrible; qui donc lui refuserait ce que nous lui accordons, — de la pitié! — On s'éloiene des monstres, on ne les liait pas.
A MM. RUCKAin, TllII'r.S Kl MOM..
La lettre du maréclial Hugcaud prenant parti pour Louis-^apoléon, est un des plus tristes témoignages de ce que la vanité blessée, de ce que la rivalité mé- contente peut faire faire de sottises en ce monde à ceux que n'éclaire pas l'amour du bien public.
Pour n'avoir pas pour chef, pour supérieur, un de ses anciens lieutenants , un homme pour leciuel d'ail- leurs il avait professé publiquement la pins grande es- time, et qu'il avait signalé dès son début comme devant atteindre à de hautes destinées, le maréchal accepte de se subordonner à l'étourdi politique, à l'ambitieux sans portée, qui par deux fois a eu la prétention de ren- verser dans la personne de Louis-Philippe, le prin- cipe et l'homme auquel le maréchal Bugeand s'était aveuglément dévoué.
J'ai hésité d'abord , écrit-il lui-même ; et on eût hésité à moins, M. le maréchal ! Le geôlier de la duchesse de Berry aurait pu être le geôlier de Louis- Napoléon ; cela n'a pas été, parce (ju'on ne vous l'a pas ordonné. — Quand vous avez passe outre , avez-voiis cru que la France l'oublierait?
Ce sera l'éternelle honte de M. Thiers, de M. Bu- "caud, et de M. Mole, dont nous voyons à regret la carrière finir dans cette honteuse coalition , d'avoir pu se réimir pour tromper tout haut le pays sur la valeur d'un homme, dont chacun d'eux tout bas proclame rinsufiisance et la nullité, dans des termes que nous n'oserions pas répéter
Si Louis-Napoléon vaut mieux que ne le disent ses perfides conseillers, il le prouvera en s'éloignant d'eux avec mépris, au cas oii par impossible, grâce à leur
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Si nous devons avoir cette éclips", je parie qu'elle ne dure pas.
cmicoiirs inoincnUinL' , suii nom sortirait de l'urne olectonile ; car, il faut bien qu'il le sa- che, il ne peut attendre d'eux que trahison.
M. Vl.iiON lIOMMi: l'OLITlQUE!!
S'il y a eu quelque chose de bouffon dans ce monde, cela a été l'incroyable prétention qu'a eue le pharmacien Vérou de se donner comme un homme politique.
M. Véron, industriel habile, n'avaiteu jusque- là d'autre prétention que celle de savoir, comme on dit, tirer de l'huile d'un mur. — Quand il a pris le Constitutionnel, il a voulu... faire une affaire. — Pour faire réussir, je ne dis pas ce journal, mais cette affaire, que n'a-t-il pas ima- giné'? Les romans de M. Sue, ses romans les plus rouges, les plus socialistes, qui les a publiés? Réponse : M. Véron, chef, avec M. Thiers (pau- vre M. Thiers !), du parti prétendu modéré, des
MOIIÉRÉS lUH CES, si VOUS VOUlcZ.
Il faut qu'on sache que le traité qui lie M. Vé- ron et M. Thiers est un traité comme il pourrait s'en faire entre un marchand de pommade et un marchand d'orviétan, et que, dans ce traité, la politicjue, celle du moins de M. Véron, n'a pas le plus petit mot à dire.
« Vous avez une boutique'? a dit M. Thiers à M. Véron.
— J'ai une boutique, a répondu M. Véron, et une fameuse, et je m'en vante.
— Votre boutique a deux compartunents, a dit M. Thiers.
— Ma boutique, a dit M. Véron, a autant de compartiments qu'il peut me plairequ'elleen ail.
— Supposons, dit M. Thiers, qu'elle n'aitque deux compartiments, le premier étage, le rez- de-chaussée.
— Après, dit M. Véron en faisant sonner ses pièces de 3 francs dans sa poche, et en étalant sa chaîne d'or sur son gilet.
— Après, a dit M. Thiers en tiianlde la poche de six de ses amis un portefeuille d'où sortirent une centaine de billets de banque.
Ici il y eut un moment de silence, dont la vi- gnette seule pourrait reproduire l'éloquence.
— Après, dit M. Thiers, je vous achète, avec l'argent de ces messieurs, votre premier étsge pour les cent billets de mille francs que voici, moyennant quoi je débiterai au premier étage de votre journal la politique qu'il me plaira d y débiter, sans que vous ayez à vous en mêler le moins du monde.
— Du reste , de votre boutique , mon brave homme, vous ferez tout ce que vous voudrez : IqS arts, la littérature, l'industrie, les chemins
A L'USAGE DES GKNS SÉRIEUX.
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(le liT, Il ]ili,irmaii(' , l,i lillL-ratiii-c facile, le fcuilletuii, y reslomnl sniimis à vos lois; vous pourrez en garder ou on livrer la direclion en tout ou en |)arlie i (|ui vous voudrez : nous n'avons neii à y vdii-, ces messieurs mes associés politi- «lues et moi.
— C'est l'ait, dit M. Ynon.
M. Tlners ouvrit le |.ortorouille, les lullels lu- rent comptés, nii, (l('ii\, tiois, etc.. etc., jus(iu"à cent; total I0(», ()()(» IV.
— ("/est l'ait, ajouta .M. Véron en tendant la main ; c'est fait, sous cette réserve pourtant, que >i le caprice me prend de rentrer dans mon pre- mier étage, si je trouve une surenchère, j'en serai quitte pour vous rendre vos 100,000 fr. Ces 100,000 fr. rendus, je pourrai relouer ledit premier étage à un autre locataire ; et ce fut ac- cepté.
« Comment diable M. Véron veut-il qu'on voie en lui un homme politique? — Y a-t-il trace d'une intention politique dans la situation qu'il s'est faite dans son journal? Si l'honorahlc mais changeant M. Thiers devenait carliste demain, s'il devenait Cavaignacquiste, si.... qu'aurait à dire M. Véron?
Morale. — Le chef du [)ouvoir exécutif est un bien honnête homme. Beaucoup, à sa place, n'en eussent pas tant dit au pharmacien Véron.
Si nous sommes le peuple le plus spirituel de la terre, on ne contestera pas (]ue nous en soyons aussi le plus ignorant des qu'il s'agit d'un foi t qui s'est passé au-delà de nos frontières. l/.\ssemblée nationale a discuté pendant tout un long jour à propos du Pape et du secours que nous avions bien fait de lui envoyer.
1,'Opposilion surtout s'est récriée: Vous allez au secours des princes, vous n'allez pas au se- cours des peuples. S'il y a quelque part une ten- tative républicaine, vous êtes contre elle, et là- dessus M. Ledru-Uollin, M. Favre de parler.
Or, ces messieurs n'ignorent qu'une chose, cl il est vrai que c'est la principale. C'est qu'en par- lant, à propos de l'insurrection romaine, de M. Mamiani, par exemple, et de ses collègues du ministère imposé au papd, ils parlaient pour un ami, ami intime, ami non douteux et politique de M. Guizot et de M. Libri, pour le roi Char- les-Albert et pour le parti qui veut faire de l'I- talie, non une confédération républicaine, niai> un vaste royaume avec le roi de l'iéraont pour chef. M. Mamiani rira bien quand il verra tout le mouvement que se sont donné pourlui, adver- saire des idées républicaines, nos braves étour- dis de la Montagne.
Les Tillageois, s'aperccvant qu'on n'a pas du tout paye pour eux les impôts, ainsi qu'on le leur avait promis, se lirrent à une grande chasse à t'oie.
La farce est jo
EXPOSITION
DU GRAND CONCOURS OUVERT POUR l.K rORTUMT DU PRINCE TOUR RlUE
Avec les notes du jury.
N» 1.
REFUSÉ. — Les jambes vont bien, mais la rosscinblance de tèlc csl insuffisante.
N" '2.
MEMUIN llONOliVCLE. — Celle conipojilion est lionne: les accessoires ont do I.i gaieté; le costume, les allures anglaises, et le bras en trompe d'éléphant , sont bien saisis; le pantalon drapa avec sràee; seulement, le masque annonce une énergie qui manque absolument a 1 or.gmal.
N" 5.
IL U;VtK DU SCI.LIL. 10 DLCKMIIRE. PREPARATIFS.
Bonnes iiUcntions, cxucution satisfaisante ; une médaille d'argent pour la chemise et les papillottes.
N" i.
N» 5.
Ce portrait sera ressemblant plus tard, lorsque \o prince pour rire, de retour à Lonires, et réduit à vivre de ses talents^ ira faire lasala'ie en ville.
Vérité dans la pose; ir-ais le deasiu manque. Néanmoins, l'ap- proche du jour dcTao permet d'offrir au peintre 25Bolsde s-jn tableau.
REFUSÉ, mais avec mention lionorali'.e. — Le corps est bien, mais la tête est flattée.
No 7.
iTRENNES rOUR 1f<f9.
C .-s es luisses incunvcniintes ont été mises hor-î de
Nouveau modèle de pipe.
Tabatière à attrappe.
N» 10.
1. |:nS1lI<;\KM1 M SILTL'EL.
MÉDAILLE D'On. — M.illicurenseinenl c'est aussi le prolil de Gra^snt. N" H. N" d2.
l'IF.K.I^E DhLIDKvrE.
Renvoyé au Jardin d*-s plantes.
Bou'iULl uir.it udî la Presse à ses abonnés.
N" 15.
GliANUt; MlLu.WLI-E DOR. - Ce i orlniil aurait en le (-t SI l'urliale, se ccuiforniant au programme, avait dessiné 1"( semble.
LIS l'ItllllOT liLl VtUT lililTEU L'AI .LE.
I Ct tableau a été retiré du concours et acheté par un monsieur
riche tt am:>nt de l'allégorie.
N" 'ir;.
.\" ;c.
L'aute.ir est assez récom|.ee.sé : .1 .1 obt.nu de nomb-euscs com- maiides p"ur la Frai.ce et l'étrangtr.
GlUM) PRIX!!!
La ressemblance est saisissante. La lournuie Une et les manières gracieuses .lu moil.le sont liicn rendues. L'exécution est peut-être un peu trop lùdicc : le prince semble avoir un paratonnerre dans le dos.
— Acheté par la reine de Portugal, —
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REVUE COMIQUE A L'USAf-E DES GENS SÉRIEUX. |
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LE CHEVALIER »K LA TRISTE FIGDRB. |
PROBLÉHE MATUEMATIQUE. |
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Du succt^s (le celui (ju'il avait conilamné, |
D'un zéro que l'on encense, |
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Emile Girardin se montre consterné. |
Les discours feraient pitié, |
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On (lirait un fanlùme errant sur les ruines, |
Si de sa rare éloquence. |
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Et son bit'me visage accuse un noir cliaurin. |
Un tiers n'était la moitié. |
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Le fait n'est pas nouveau: l":imi de Sainl-Bcrain, |
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A toujours eu du tristes mines. |
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VOTfZ Nl-IIEBO 8. Lorsipron nous représente, en un certain local. |
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DENEGAKON. |
Un préti.'ndant connu par m^iiule peccadille. |
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On assure, depuis longtemps. |
Nous nous rappelons tous ce refrain musical ? |
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Que l'autocrate paye à beau'i deniers comptants |
Où peut-on être mieux qu'au sciu de sa f.iiiiille. |
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Emile Girardin. Le propos est niable. |
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Le Czar, nous le pensons, sait mieux placer son or. |
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Amis, lisez la Presse, et vous serez il'l(M;ord, Que Girardin est impayable. |
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(:O.MPL.\INTE |
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LES LOl'ANXES DK LA PRESSE. |
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BN FAVF.IR d'kMILE DE GIRARDIN. |
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Depuis que Louis Bonaparte, |
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Est appuje par vous, Emile Girardin, |
— PREMIÈRE P.^RTIE — |
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Du pauvre candidat chaqui! jour on s'écarte. |
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L'éloge de la Presse engendre le dédain. |
Air de FualJts. |
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Cependant le pouvoir que vous vouliez détruire, |
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Sur ses rivaux confus est prêt à l'emporter; |
Ecoulez, peuples de France, |
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A notre président si vous clicrcliiez à nuire, |
Des Baligoolles aussi. |
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Le moyen le plus sûr était de le vanter. |
Le si surprenant récit |
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D'une histoire où la décence |
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N'a rien à faire Dieu merci ! |
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En raccourci la voici. |
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DU PEC d'aide fait GRAND BIEX. |
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D'un manifeste vain pourquoi faire tapage'? |
Autrefois dans les afl'jires |
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Grognards impériaux, cessez d'en être tiers. |
Il y avait un certain |
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Le prioce n'a pas seul rédige cette page; |
Monsieur Emile Girardin, |
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On sait que, pour écrire, il a besoin d'un tiers. |
Journaliste doctrinaire. |
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Inventeur du bon marché |
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Pour le papier imprimé. |
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SDR UNE HL'SE ATRABILAIRE. |
En l'an dix huit cent vingt-huile, |
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Ce jeune homme eut la candeur. |
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'Delpbine Gay, jadis poêle de bon (on. |
De publier le f^oleur, |
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L'autre jour, dans un leuilletou, |
Journal assez mal écrite, |
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Outragea Cavaigoac, et le traita d'infime. |
Oiis qu'il n'y eut d'attrappé Qu' l'actionnaire et l'abonné. |
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Cette amére satire esl-elle d'une femme"? |
|
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En voyant tant de fiel tristement prodigué. |
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Cbacun se dit: ce n'est pas gai. |
— La suite au numéro prochain. — |
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TAliLEAU UllISlUIUK.
Les deux Scsie.
Extrait du Litehaky-Pionier journal anglais. —
lori.i-VAiin nr- itki uns.
ao ceiitlincM lu lUi-aiHoii.
mr. RiciiFLiEt', rii
indldons <
par la poste, 33 ceii lt;ilit>iis.
de la SoascripUon. -LaREVCE coïiQDE formera un maRnifique volume, grand in-8, publié en 50 liTraisons à 30 centimes, . 33 ceiilimos. — Pour tout ce qui concerne la direction, écrire [franco) à M. Lireci, au bureau de h Revte, 2, boulevard des
: qui DUMIMX&AT. ÉI>ITE1T&, 5», B.VT miCHELIZU-
a« Livraison,
Ce petit citoyen, dont la France se mo(|ue, A du bonapartisme arboré le drapean. Des brillants souvenirs, qu'avec bruit il évoque, Aux campagnards séduits il présente l'appeau.
El pour mieux soutenir son candidat baroque, Astucieux serpent, il a cliangé de peau. Du vainqueur d'Austerlilz il a pris la défro |U0 : La redingote grise el le p élit chapeau.
La lorgnette à la main, en général hjbile.
Il contemp'e le champ, souillé d'encre et de bile,
Où comb ittent Bugeaud, Girardin et Véron.
Ce pygmée, affublé d'un harnais de bataille, Espère en vain grandir sa misérable taille; Mais ce n'est que le tiers d'im faux Napoléon.
Dessiné par Faeritziis.
Gravé par Baulant.
P«ri<. — Tire OUI pros.
LA SEMAINE.
La Semaine se précipita tout éplorce à mes genoux.
— Relevez-vous , lui dis-je avec bonté ; qu'y a-t-il pour votre service?
— Sauvez-moi du déshonneur, me répondit-elle en versant des larmes. Je suis une Semaine perdue.
— Comment cela?
— Il est question de rétablir la censure dramatique. Quel désespoir pour moi, si cela arrivait pendant ma vie ! Je n'ai pas eu le moindre banquet à présider; que répondrai-je donc lorsque mon juge souverain me de- mandera : Qu'as-tu fait de tes huit jours d'existence?
Faudra-t-il que je lui réponde : J'ai rétabli la cen- sure
— Rassurez-vous, ma chère, les choses n'en sont pas encore là. La commission des théâtres a ses inconvé- nients, sans doute; mais elle a aussi ses avantages. Avec elle la tyrannie d'un ministre, celle d'un direc- teur des beaux-arts est impossible. Mais, à propos, puis- que nous parlons de théâtres, dites-moi donc de quoi se plaignent messieurs les directeurs ; tous lessoirs les théâ- tres regorgent; d'un bout du boulevard à l'autre depuis le poulailler de la Poule aux œufs d'or, jusqu'au Val d'Andorre, il n'est pas un théâtre qui ne ferme sa porte au nez du public désappointé. Est-ce que la Ré- publique ne serait pas aussi ennemie qu'on le dit des arts et des plaisirs?
La Semaine essuya en souriant ses larmes hypocri- tes, et s'assit à mes côtés; causons politique, lui dis-je.
— Autant dire : Causons élections, reprit-elle. Les chances continuent d'être pour le général Cavaignac ; la marée monte de ce côté ; tout le commerce, la ban- que, la vraie banque, M. de Rothschild, M.Odier, etc., voient en lui la seule digue à opposer aux révolutions. — Les adresses pleuvent de toutes parts ; et si l'on en croit des gens qui se prétendent bien informés, les campagnes, si affolées, disait-on, du nom du prince Louis, seraient bien loin de lui être acquises. — En voulez-vous juger? Lisez la Presse; sa rage redouble ; elle s'use les dents ; elle devient idiote, imbécile de fureur. Quand on sent sa force, on est plus modéré, fût-on la Presse.
H Emile manque décidément de tact et de générosité, disait hier un de ses amis. Non content d'attaquer chaque matin le général, il s'en prend aussi à son père. Comment voulez-vous que le général lui réponde? Les armes ne sont pas égales. »
Que dites-vous des efforts tentés par les Baziles du parti bonapartiste pour faire une montagne de l'af- faire des récompenses nationales? Et quelle souris a enfanté cette montagne! Le triomphe du général Cavaignac ne leur a donc pas appris que chaque ba- taille était pour eux un échec? Il manque un nom à la liste, disait un bonapartiste rouge; c'est <celui du prince. Sa place y était marquée à côté de celui de Barbes. Tous deux n'ont-ils pas conspiré? Tous deux n'ont ils pas tué un soldat français, en haine de Louis- Philippe?
f.O
REVUE COMIQUE
— Ayez donc des amis !
Parlons de l'alliance de la Montagne et de
M. Thiors. M. Lediu-Roliin et M. Tliiers s'entendent pour s'abstenir en matière de République: lequel des deux doit avoir plus de honte de servir aux desseins de l'autre? Quelle est la dupe, si tous les deux ne sont pas dupeurs?
— Et les pamphlets, ma chère Semaine; on dit que la province et Paris en sont inondés. — Et cette fois le Gouvernement
— Le Gouvernement! ne m'en parlez pas; un gou- vernement de journalistes qui n'a pas un journal à lui: qui est défendu d'oflice par deux ou trois amis ; qui a pris M. Yéron pour un homme politique; qui ne ré- pond pas à la Presxe jour par jour, dans In Presse même, et qui se contente de démentir dans un coin du Moniteur du soir les innombrables attaques dont il est l'objet; vous faites trop d'honneur à un gouvernemcnl comme celui-là , quand vous le supposez capable de combattre ses ennemis sur leur propre terrain. — Hélas! détrompez-vous. Les cordonniers sont toujours mal chaussés.
— Et le Pape ; oubliez-vous le Pape'?
— Le Pape"? eh bien ! le Pape, chassé de Rome par un Bonaparte , n'a jias voulu rentrer en France tant
que la question de la Présidence ne sera pas vidée. Fuir l'un, pour trouver l'autre, il n'y avait pas de quoi rassurer le Saint-Père.
Ail ! j'oubliais: on a lu dans la Presse du 8 :
On dit qu'une comniaude considérable de bottes à double fond vient d'ôlre faite dans un très-grand atelier de menui- serie.
Nous laissons à la saga>:ité des électeurs de deviner à ([uel usage sont destinées ces boites.
Est-ce plus bète qu'ignoble? est-ce plus ignoble que béte? Qui pourrait le décider? Des boîtes à double
fond — et ce double fond; double Girardin que
vous êtes, ce double fond, ce serait donc un double fond qui saurait lire, qui choisirait les votes, tout seul, à mesure qu'ils tomberaient dans l'urne. La belle in- vention que ce dcuible fond ! M. de Girardin devrait bien avoir un double fond de ce genre à la boite où i laisse, pendant le jour, cuver ses calomnies; entre toutes, il choisirait au moins les vraisemblables.
— Que tu es candide à ton tour, chère Semaine ! Les électeurs du prince, demande-le au prince lui- même, ses électeurs peuvent tout croire : ils croient en lui.
La République éUnt justement dans son ncu\iéme mois, monsieur Vipérin, journaliste venimeux,
que nous connaissons trop, lui présente à l'improvistc un monstre
pour la faire avorter.
Mais ciinn. dilcs-moi un pou |iouri]uoi vous uomniei Louis-Najioîéou". DamI ma feinrao aime beaucoup les oiïCiuT.
Ce qu'il y a dans le sac, on n'en sait rien ; mais voyez l'étiquette.
— Une idée l si je nommais Napoléon-Landais î . . .
Ma foi, non!... ce Napoléon-là sait un peu le français ; il
n'aurait qu'à nous faire des calembours î. . ,
Dessiné par BERT.iii.
Gravé par Leblanc.
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REVUE COMIQUE
LES PARVENUS.
« Voulez-vous parler raison ?
— Volontiers; je suis un homme de poids.
Je n'en doute pas. Vous votez pour Louis Boua-
paite ?
— Certes.
— Peut-on vous demander pourquoi"?
— Je vous le permets.
— En votant pour le prince, prétendez-vous protes- ter contre la République?
— Dieu m'en garde !
— Alors, vous avez pour lui une sympathie person- nelle?
— Pas la moindre.
— Vous le tenez au moins pour un homme de ta- lent ?
— Je sais que c'est un bien pauvre sire.
— Alors, pourquoi diable lui donnez-vous votre voix ?
— Parce que c'est un nom.
— Qu'est-ce que vous entendez par là?
— J'entends que Louis Bonaparte n'est pas le pre- mier venu; que c'est un homme comme il faut, un prince!
— Il faudrait peut-être parler beaucoup pour vous prouver que cette idée n'est rien moins que républi- caine; mais passons. Quel besoin avez-vous que le président de la République soit un prince ?
— Quel besoin?
— Oui, répondez.
— Je veux pour président un prince par égard pour moi-même ; ma propre considération y est engagée. Voulez-vous donc que je reconnaisse pour chef su- prême de l'État M. Pierre ou M. Paul tout court?
— Pourquoi pas, si M. Pierre ou M. Paul tout court a fait ses preuves.
— Preuves ou non, c'est toujours M. Paul ou M. Pierre ; et comment voulez-vous qu'un homme comme moi...
— Qu'est-ce que vous appelez un homme comme vous?
— Monsieur !...
— Vous avez dit que nous allions parler raison.
— Soit. L'n homme comme moi ! mais sachez que j'ai gagné un million dans mes opérations commercia- les; j'ai une voiture et un valet de chambre; je dine bien, j'ai du ventre ; je porte une grosse épingle eu dia- mant et des breloques. Voilà ce que c'est qu'un homme comme moi !
— Et monsieur votre père était sans doute un duc ou tout au moins un marquis?
— Mon père était un simple ouvrier, monsieur! Il ne m'a pas laissé un sou, monsieur! J'ai fait ma for- tune peu à peu, jour par jour, à force de travail , et,
j'ose le dire, grâce à quelque pou d'intelligence. Je suis le fils de mes œuvres, monsieur!
— Kt cela fait votre éloge.
— Je le crois bien. Je m'appelle Funiichou tout court, moi! Mais parlez de Fumiclion à qui vous vou- drez dans le commerce, et l'on vous dira si ma signa- turc ne vaut pas mieux que bien d'au très plus brillantes.
— Eh bien, M. Fumiclion tout court, soyez un peu conséquent avec vous-même.
— Comment?
— Trouvez-vous raisonnable, vous Fumichon, lils de vos œuvres, de vouloir pour président, tin nom, c'est-à-dire un homme qui soit (ils des œuvres d'autrui?
— Permettez....
— Ne protestez-vous point par là contre votre pro- pre fortune ?
— Cependant il me semble que la politique....
— Qu'est-ce que vous direz sur la politiciue? Pen- sez-vous par hasard qu'il soit plus facile de gouverner un État comme la France que de gérer la maison de commerce Fumichon et compagnie?
— Je suis loin de le penser.
— S'il vous eijt fallu confier la gérance de votre maison à quelqu'un, auriez-vons pris un nom ou un homme capable?
— Dans le commerce, la capacité avant tout; c'est ainsi qu'on fait les bonnes maisons.
— Les bons gouvernements se font de la même ma- nière ; est-il besoin de vous le prouver?
— C'est clair comme le jour.
— En serez-vous plus avancé , quand le président de la République s'appellera le prince Louis ou le prince de Saint-Amaranthe , si ce président est un niais et que le pays soit sens dessus dessous ?
— Il est certain que non.
— Eu serez-vous plus lier quand vous pourrez vous Jire : — Mes correspondants ont fait faillite, c'est vrai ; je suis ruiné , c'est encore vrai ; mais du moins ce n'est pas M. Pierre ou M. Paul qui habite l'hôtel de la pré- sidence, c'est le prince de Saint-Amaranthe.
— Hélas non !
— Vous êtes un bon homme au fond, mais en de- mandant un prince, vous avez cédé à un sentiment d'orgueil irréfléchi, mais ordinaire aux parvenus. Je prends le mot dans sa bonne acception. Vous êtes un parvenu, M. Fumichon , c'est-à-dire un homme qui doit tout ce qu'il est à sa propre capacité, et la juste estime que vous en avez conçue pour vous-même doit vous faire estimer les autres parvenus comme vous. Parvenus dans le commerce , parvenus dans la poli- tique , dans la littérature , dans les arts , dans l'armée, la République est le règne des parvenus. Injuste pour eux , vous n'avez pas le droit d'être juste pour vous.
A i;US\r.E DES GENS SIÎRIEUX.
f)3
— Vous pourriez bien avoir raison.
— Cette vrritéotaitdéjà vieille ilu temps ilcl" Encyclo- pédie; mais les mœurs sont toujours en relard d'un siècle sur les idées , voilà poiu(iuoi il faut tant répéter lesclioses. Uappeicz-vous .seulement (pie vous , l'"umi-
chon, fils d'ouvrier, enrichi par votre travail , et au- jourd'liui un homme considérable, vous ôtes la glori- fication vivante de la démocratie et la condamnation des princes. .Ne l'oubliez pas rpiand vous écrirez votre bulletin ! C. C.
h\ POLITIQUE DK DETAIL.
I.e Spee/iilnr, un dos jouniaux: les plus sérieux et les plus iniluents de r.\iiglelerro, publie sous le litre, lu /'oli/if/iie (la Détail, de très-curieuses et très origi- nales réilexions dont riuimeur n'exclut ni la justesse, ni la raison, (let article est évidemment de Carlyle, écrivain et philosophe, justement renommé chez nos voisins; nous la traduisons littéralement. M. ïliiers. M. Lamartine et le général Cavaignac pourront trouver leur profit, sinon leur compte, dans la lecture de celte appréciation de chacun d'eux, faite par un des esprits les plus éminents de rAngleteire.
Les liommcs d'État de ce temps-ci manquent, généralement, d'idées larges et bitn définies, et sont surtout incapables d'un dévouement absolu. Ils font palriolcs, jusqu'à une certaine limite, suivant l'enjeu qu'il faut risquer. Lamarline, tout poétique qu'il est, ne s'aventurera pas dans la bataille élec- torale pour la présidence de la République, sans prendre ses garanties contre le ridicule. Tliiers, son aiUipode, ne peut s'é- lever au-dessus des questious purement nialériellis; sa plus haute philosophie n'est que de l'crononiie politiciue d'occa- sion. 11 y a peu d'hommes de celle classe qui brûleraient leurs vaisseau.i derrière eux. Lepoëte patriote lui-même a toujours ro'il sur son domaine. Il en rcnille ([ue dans la confusion où l'Europe est jetée, il ne se présente pas un h omme qui puisse j^uider le peuple et le rallier autour de ses drapeaux, an nom d'un grand sentiment qui leur soit commun ; il n'y en a pas un qui soit prêt à périr à la tSche , qui fasse même les sacri- fices qu'exige le succès. Il n'y a pas de Curtius prêt à se dé- vouer pour le triomphe de tous. Et ce n'est pas seulement à lu France <iue s'appliquent ces" observations: il en est de môme en Allemagne. Les chtfs du pays ne pensent qu'à eux et à leurs idées plus ou moins bizarres; chaque prince n'est oc- cu pé que de ce qu'il peut sauver pour lui et sa famille. Tout a été détruit, mais personne n'a un plan d'action bien étudié, et ce plan exislàl-t-il, son auteur ne risquerait pas tout ce qu'il possède pour l'exécuter.
li n'en était pas ainsi autrcf^'is. 11 ne faut pas remonter bien loin pour trouver des exemples de ces fermes résolutions, de ces volontés de fer, de celte persévérance indomptable il i immortalisent les héros et entraînent les peuples aux plus grandes actions. Napoléon savait mettre des trônes pour en- jeu afin de gagner des empires. Avant lui , Robespierre mar- chiiit à son bul, à travers le sang et les haines. Nelson, quand il avait arrêté son plan de bataille, ri^qu3it une flotte four une victoiie. Consultez l'histiire, et vous verrez tous les grands hommes non-seulement risquer leur vie (c'est ce que font tous les jours les agents de police, au milieu des disputes d'hommes ivres), mais accept r toutes les conséquences de leurs actes. Cromwell, la Bible d'une main, l'épée de l'antre, n'aurait point été arrèlé par un lion. Pour lui, il n'y avait qcc la victoire ou la défaite, le iricir.phe ou la dcslinciitn. Bruns m arcbait a Philippes.César passait le Rubicon avec cette résolu- tion qui fait les héros, de vair.cre, et csrs icus Us cas dt n : i cher en avant. C'est l'audace qui a sanvé Tbémistocle ; Venise-
aurait pi-ri à Chio/,za sans des sacrifices dése.'prrés de sang et d'argent; et, de nos joitr'.s, Washington, abandonné par pres- que toutes ses irorrpes, dont 11 ne lui restait plus qu'un faible noyau , est parvenu à maintenir le blocus de Boston avec l'ombre f;'une arn ée , et à battre le général Gage avec les seules fjrces d'une volonté inflexible. Washington était un colonel diins l'armée anglaise, il avait une certaine fortune, et une grande dose de prudence; eh bien! il a tout risqué, sa vie, son rang, sa fortune; rien ne l'a arrêté; il a toujours été en av.inl, et c'est ainsi que souvent, sans argent, sans armée, même sans espoir, il est parvenu à faire passer tant bien que mal, à ses concitoyens, les jours de tribulations, et à fonder une républiciue en dépit de la Grande-Bretagne.
Mais de telles vertus ne conviennent pas à notre système de détail. Nous ne les trouverons que parmi Jes gens qui ne sont guère err renom aujourd'hui: les barbares Croates, les Ita- liens, si dégénérés, qu'ils se ressentent encore de l'ancienne domination militaire du moyen âge, les Arabes algériens, qui ont coûté tant de sang à la France.
Cavaignac, avec ses rudes façons de soldat, nous parait marqué de ce cachet héroïque, ([ui a presque entièrement disparu de nos jours. Dans les grandes occasions, et dans les questions de sa compétence, il s'est montré, indépendamment des règles de la politique technique, doué d'une résolution inébranlable. Il va droit au but, sans s'inquiéter du bruit qui se fait autour de lui. Chargé de défendre Paris, il le défend suivant les règles, sans égard aux reproches et aux objections des hommes de robe. Calomnié, il .défie ses adversaires et mar-cbe à la tribune comme il marcherait au canon. Il ne re- doute pas, lui, les conséquences. Orateur des plus médiocres, il étonne tout d'un coup Paris par l'éloquence de sa défense, le vulgaire confondant l'éloquence des faits, de la détermina- tion, des réalités, avec l'adresse du langage. Cavaignac ne connaît que les faits, et les enfonce jusqu'à la gorge dans la bouche béante de ses adversaires. Là où il prend sa position, il demeure sans que rien puisse l'en arracher; vous pouvez le couper en pièces', mais non le faire reculer. Sa force ne re- pose pas sur des subtilités, c'est contre le fait brutal que ceux qui luttent contre lui doivent absolument se heurter. Ses idées ne s'étendent ni ne s'égarent contre son gré; elles sont positives; toute sa puissance est toujours au service de sa résolution ; s'il est déterminé à s'abstenir, rien au monde ne le fera mouvoir; s'il veut frapper, il frappe de toutes ses forces et le sabre arrive jusqu'aux os. Il ne s'atlache pas aux petits avantages, aux profils de détail, il lui faut toutou rien. Toutes les fois que son ministère s'est jeté dans des combi- naisons de détail, soyez sur que Cavaignac ne l'a pas suivi. C'est un soldat, ce n'est pas un boutiquier. C'est lui qui le premier a jeté l'ordre au milieu de l'anarchie; de la lame de son sabre a lui le premier éclair de paix dans cette tempête sanglante; son canon a dominé le chaos et a annoncé le réta- blissement du pouvoir dans l'Ét;.t. En marchant droit au but sans que rien l'ait arrêté, le soldat est arrivé à un résultat que le rci-détaillant n'avait pu atteindre en cherchant à sub- stituer les ressources de l'intrigue à la puissance de la force. Louis-Plrilippe a pu être un excellent instrument poirr des temps tranquilles et heureux , mais il ne pouvait plus servrr au moment d'une grande crise nationale.
Audaces foi-tuna juviit.
Dc»iiié par Otto.
Cruvé par DliEVlliKli.
REVUK COMIQIIK A I/l'SAGE DES GENS S|::UIKlix.
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SAINT CimiSTOPlIli ET LA Ri:i'LTiLlQLI-:
En tc loiiips-li il y avait un liiMiiiiii' ipii s'appelait (',luiï.ti)plie, cl voici |)our([iioi :
O'iitail un géant qui faisait métier do passer les voya- geurs qui voulaient traverser un lleuve à un endroit où il y avait un gué.
l'n jour qu'il était assis, attendant les prati(|ues, il vit venir vers lui un tout petit enfant qui lui demanda s'il croyait pouvoir le porter sur ses épaules jusciu'à l'autre rive. Le géant sourit à cette question, lui dit qu'il avait porté de bien plus lourds fardeaux que lui; et il le prit et le mit sur ses épaules.
Mais à mesure qu'il avançait dans le gué, le poids devenait de plus en plus lourd; et enfin, succombant sous le fardeau, il n'arriva qu'avec une peine et une fatigue extrêmes à la fin de sa tiîche.
Cet enfant était Notre-Seigneur Jésus-Christ, et c'é- tait l'intelligence qui écrasait la matière. C'est pourquoi cet homme l'ut saint.
Dans ce temps-ci, un autre tout petit enfant d'un an à peine eut un instant la fantaisie de se faire porter à un
passage très-périlleux, sur les épaules d'un iiomniequi ne s'appelait pas Christophe, mais qui était le neveu d'un géant. Celui-ci était présomptueux, il accepta.
Il croyait la chose d'autant plus facile que son oncle le géant avait pendant quelque temps porté la sœur aînée de la petite fille, et que, fatigué de la porter, il avait fini par la manger. Mais il était si grand et si fort (ju'on jiouvait bien lui passer ce caprice.
Le neveu du géant espérait trouver une occasion pour en faire autant. Mais le téméraire n'avait pas les forces de son oncle ; il ne lit que quelques pas, trébu- cha, et s'engloutit au fond de l'eau pour ne plus repa- raître jamais.
Pour ce (juiestdu petit enfant, après avoir fait un geste d'adieu moqueur à ce pauvre homme, il passa lestement tout seul de l'autre côté, et, arrivé sur la rive, il gran- dit, grandit, que c'était U[i plaisir pour tout le monde de le voir.
Personne ne se soucia plus du pauvie homme, qui depuis resta toujours au fond de l'eau.
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G6
REVUE COMIQUE
- La Jievue comique l'appelle une oie, — mais ce tt'est pas une oie, car le beau d'une oie est de sauver le Capitole, et celui-là en est incapable.
— Tout cela n'empêchera pas Mosieu de voter pour lui.
LES CLUCS EN PLEIX YENT.
^ i te lieux Ikiiicï.-, qiinlrc plantlies, un Iréleau, un échafaudage quelconque, l'aris ne saurait se passer plus longtemps de huslings.
A tous les coins de rues , sur les places publiques, dans tous les carrefoui's, sur les boulevarls, nous avons des clubs en plein air où l'on discute les candi- dats à la présidence, mais ce sont des clubs de conver- sation, la tribune y manque, que voulez-vous que fasse un orateur ?
11 s'épuise au milieu des groupes, il argumente à droite, il argumente à gauche, il discute des pieds, des mains, des coudes, mais sa voix meuit étouffée dans la foule ; il n'a pas le libre jeu de son argumentation, son éloquence reste inutile comme une épée qu'on a à son côté, mais qu'on ne peut tirer du fourreau. Si au moins auprès de l'orateur il y avait une borne ! mais la borne a été supprimée depuis longtemps par les progrés de l'édilité, ce n'est plus qu'une illusion, nne métaphore, un trope, un souvenir!
Je ne comprends pas le suffrage universel sans les hustings.
Vous voulez donc naturaliser en France les orgies électorales de l'Angleterre et de l'Amérique ? Quoi ! nous verrions au milieu de notre Paris civilisé, se re- nouveler sur un cirque de quatre pieds carrés les cruautés du paganisme ? Ici c'est un orateur qu'on la- pide, là deux orateurs se prcnnentau.t cheveux, et font
de l'escrime à poing formé. Ilurrah [)our le gladiateur rouge! bravo pour le gladiateur tricolore. Celui-ci a le nez écrasé, le front de l'autre est ouvert, ^"y aura- t-il pas dans la foule quelque âme sensible pour lever le pouce et mettre un terme à ce combat ? Laissez donc, le peuple souverain s'amuse, il est venu ici pour voir tirer la savate électorale, il ne s'en ira pas avant d'avoir vu cinq ou six orateurs sur le carreau; le peuple ne demande que punem et circenses, plaies et bosses.
L'origine des hustings se perd dansia nuit des temps ; le jour où Diogèue dressa sur son toimeau deux plan- clies transversales et se servit decette tribune pour par- ler aux citoyens, il inventa les hustings. Ne soyons pas plus fiers que les Athéniens, et ne faisons pas fi de cotte éloquence qui ne déguise rien, et qui ne craint rien. Les Anglais et les Américains dont vous parliez tout à l'heure, nous valent bien sans doute, et ils trouvent tout naturel que des candidats qui après tout se font les solliciteui-s du peuple, lui adressent leur requête avec les formes qui peuvent lui plaire, et dans la langue qu'il connaît.
Nous n'eu sommes pas encore là. Les candidats ne descendront pas cette fois sur la place publique, mais ils y viendront tôt ou tard ; il serait absurde d'en dou- ter, et puéril de le craindre. Il y a vingt ans que les hustings préservent l'Angleterre des barricades.
Et d'ailleurs ces clubs en plein vent, ces réunions
A i;ilSACF, DIvS f;ENS SI^IUIKIIX.
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ipii' nous voyons se former le soir, ù l'iunire de lu ces- siilion (les Inivaiix , smil-ils nu fond plus |mciri([iies, plus digues ([iif les iiustiiif;s? Non, mille l'ois non. l.à les trois quarts des audileurs n'aperçoivent pas l'orn- teur en face; là les l)rij;ues et les menées ont beau jeu ; ce que Diogène lui-nic^mc n'eiU pas osé dire du iiaut de sa tribune en plein soleil, on le murmure tout l)as, on ne clierclio pas à émouvoir le peuple, mais à le séduire. I/intrigue circule dans les groupes; l'élo- quence seule agit sur les hustings. Quelle éloquence, bon Dieu ! Qu'importe , nous ne sommes pas des pro- fesseurs de rbétoriiiue, et j'aime bien mieux entendre un mauvais discours , que de ne pas entendre ce que certaines bouches peuvent glisser à l'oreille des gens ignorants au milieu d'un rassemblement.
Mais d'où vous vient, mon pauvre ami, cette joue
enllée-?
— J'ai perdu deux dents à la porte Saint- Denis, à vouloirdire quelques niotsen favenrde Louis-Napoléon.
— Et vous, mon brave, pourquoi ce tatouage au- dessous de l'a'il '?
— Parce que j'ai essayé sur la place de la Bourse de convertir quelques ouvriers aux idées napoléoniennes.
Des dents brisées, des yeux pochés, des nez écrasés par la politique, on n'entend plus parler que de cela depuis que les clubs on plein veut existent. De ce côté- là , ils n'ont déjà rien à reprocher aux hustings. Si après l'élection du président, on faisait un relové des blessés des diverses candidatures , je suis sur qu'on en
trouverait pour le moins autant h Paris qu'à Londres ouàNew-Yorck. Seulement, bien plus philanthropique que l'Angleterre ou l'Amériiiue, la France trouverait alors dans son sein un citoyen pour proposer de con- vertir les Tuileries en hôtel des invalides électoraux.
Les clubs les plus noiid)reiix sont ceux qui se réu- nissent sur les boulevarts et sur la place de la Bourse. Celui de la place Vendôme est entièrement composé de domestiques. La haute cl i)asse livrée, l'office et l'an- tichambre, les marmitons et les suisses s'y réunissent non point pour discuter, leur vole est acquis quand même au prince Louis, mais pour le saluer à son pas- sage. C'est escorté de ces acclamations touchantes qu'il se rend à l'Assemblée nationale lorsqu'il s'y rend , ce qui lui est bien ariivc trois fois depuis sa rentrée.
Le badaud abonde dans les clubs en plein vent, le badaud nuit essentiellement à l'orateur. 11 demande sans cesse : Qu'y a-t-il'? Qu'est-ce? Qu'enlendez-vous par là ? N'est-ce pas que l'Empereur n'est pas mort? etc., etc., etc.
Je sais bien qu'on leur répond on général par des renfoncements, mais à la longue les renfoncements même fmissent par paraître médiocrement comiques. Aussi jusqu'à présent les clubs en plein vent n'ont-ils pas tout le succès qu'on pouvait en attendre. Le cu- rieux commence à les dédaigner; l'hcmme timide les évite, vous verrez que bienlôt ils dégénéreront en forum do gobo-nionchos et de nouvellistes. Ils remplacent l'ancien arbre do C.racovie.
LE PARTI DES DOMESTIQUES.
C'est un parti nombreux ot important, et qu'il n'est point facile, quoi qu'on on dise, do faire voler contre ses opinions.
Mais quelles sont ses opinions?
Pour cola, je l'ignore, tout ce que je puis vous dire, c'est que la livrée pense, la livrée agit, la livrée est un parti, demandez-le plutôt à l'ancien régime. Les deux plus grands ennemis de l'aristocratie ont été les philo- sophes elles valets. La révolution se fit le jouroù Figaro emporta d'assaut la bastille du Théâtre-Français.
La livrée cependant n'était point unanime; mais où est l'unanimité? Crispin, Frontiii, Jasmin, Lafleur endossèrent la carmagnole révolutionnaire, tandis que Bourguignon, Dubois, Laverdure, Bemy, la Jeunesse passèrent le Rhin avec l'émigration, se cachèrent dans les caves de leurs anciens maîtres, ou portèrent leur tète sur l'échafaud. Ils tenaient à leurs privilèges et ne voulaient pas déposer leurs galons sur l'autel de la patrie.
Crispin, Frontin, Lafleur, Jasmin, Pasquin,ont de- puis longtemps quitté le service. La révolution leur
ouvrait une carrière brillante, ils l'ont suivie, et c'est poiit-ètre un des plus utiles bionfails de cette révolu- lion d'avoir aboli celle domesticité effrontée, intri- gante, mendiante, cynique, s'essayant à l'égalité par l'égalité des vices, faisant descendre l'aristocratie à son niveau, tyrannisant les familles dont elle possédait tous les secrets, remplaçinl enfin le confesseur par le valet. Tartufe par Pasquin.
Mais ne nous laissons point emporter au vol de la philosophie; pmdo majora cancamis, prenons-le sur un ton plus modeste.
Vous fignroz-vous le jour où ce pauvre la Jeunesse sortit enfin de ce souterrain où il avait passé les cruel- les années de la terreur, ce trou sombre où la petite laitière du château venait chaque matin , au péril de sa vie, lui apporter sa nourriture? Et Dubois, l'in- tendant Dubois, et Bourguignon, le valet de pied gras et fleuri? on vient leur dire tout d'un coup qu'ils sont libres, qu'ils peuvent se montrer au grand jour, que personne ne demande plus leur tète ! Les voilà qui sor- tent de leur cachette , et leur premier soin est de se
REVUE COMIQUE
La Grenouille et le Bauf.
LE PRINCE POUR RIRE, parle a haute voix en arpentant son salon à grands pas.
De Itclat de mon nom le peuple est ébloui. l'écuo Oui.
Âussî<«es buUelins porteront tous mon noiu, L'ÉCHO Non.
rendre au château ou à l'hôtel. Bien souvent le châ- teau est hnilé, l'iiôtel en ruine ; les maîtres sont ah- sents ou morts. La Jeunesse, Duhois et Bourguignon ne sont plus les domestiques de personne, c'est tjgal, leur premier soin est d'endosser leur livrtje, de se promener dans cet équipage, d'affronter le muni- cipal et l'ancien président du cluh. Qui l'eût dit"? cette livrée est poureu\ le signe de l'affranchissement et de la liberté !
Qui leur a fait ces doux loisirs? Bonaparte. Qui est- ce qui a ramené les lourdes perruques, les gros co- chers à triple collet, les bas de soie, les culottes cour- tes, le feutre galonné, l'habit à la française? L'empe- reur Napoléon. Ceci peut vous donner l'explication de kl ptilitique du parti des domestiques.
Hériter à ce point d'un oncle, qu'on lui doive tout, même la sympathie des laquais. C'est honteux!
Lisette et Marton travaillent dans l'ombre la matière électorale. On avait de si bons prolits sous l'Empire; l'amour était de courte durée, mais il était généreux, c'est ce qu'il faut aux confidents de l'alcôve ou <le l'antichambre. C'était alors le beau temps des femmes de chambre; pour elles c'était bien mieux que l'ancien régime. Loin d'ici Frontin et Crispin ! Marton et Li- sette sont devenues riches, elles peuvent épouser un colonel, et même un général, manchot à la vérité, mais on n'y regarde pas de si près pour être madame la générale. Quant à Nanon la cuisinière, qui a eu son premier tué à Waterloo, pour qui voulez-vous qu'elle fasse voter son quatrième ou son cinquième? car Ma- non a plus de quarante ans, mais elle est encore fraîche et a])pélissante pour un tourlourou de vingt ans?
Et puis elle a des économies, et le fruitier du coin, qui est veuf, est trop habile pour ne pas se laisser iii- lluencer par mademoiselle Nanon.
La République a donc de rudes eimemis à com- battre. Les souvenirs de la grande livrée, les profits de Marton et de Lisette , le bouillon de mademoiselle Nanon et son livret à la caisse d'épargne , le plumet de coq des chasseurs , et mille autres choses sembla- bles; mais la République triomphera de tout cela, la France ne s'affublera pas tout entière de la livrée; la- (juais qui attendent un siège derrière une voiture, poètes, généraux, journalistes, administrateurs aux- quels on a promis des places , le parti des domesti- ques ne ti'iomphera point.
SOLDATS, VOILA CATI.N !
La halte est bonne après une longue marche. En- trons dans cette auberge, le vent fait crier l'enseigne de fer à la Vieille vivandière; on dirait qu'elle nous appelle. L'âtre flambe joyeusement. Arrêtons- nous ici; bientôt nous continuerons notre roule. Encore une étape, et nous serons au régiment.
A i/usALK DKs c.KNS si::»ii:i;x.
0«.»
Kl les jouiios suMats l'iilirrenl.
Ijx lille (riuilifrpe les salue de son plus gracioux sourire; on leur fait place au foyer, place à la lalile ; les enfants de l'In^te traînent les lourds havre-sacs dans la,sallc voisine ; le plus A^'é transporte un à un rlia(|ne fusil dont le puids l'ait ployer ses épaules, ("est l'accueil que reçoit partout le soldat eu France, mais avec un grain de liienveillance et d'atnitié de plus, ("."est (|ue la mère de l'hôte a l'ait toutes les guerres de la révolulicui; elle a été vivandière, elle a >u ri';|.'ypte, l'Italie, l'Ks- pague, rAlleniagne. Aussi voyez connue son lils en est lier.
o On est-elle'î se deniauileiit alors les jeuiies soldais, nous voulons boire à sa santé.
— Kt rin tin tin, lép.md une voi\ chevrotante, sol- dais, voilà Catin I »
I,a vieille se luonlre en uu-nie temps, le chef un ])eu tremhiant, la taille un peu voûtée, mais Td-il hrillaiil encore, et l'air robuste malgré les rides. C'est elle ipii va verser le coup de l'étrier à ses hôtes.
a A votre santé , la mère, et à celle de l'Knipereur 1
— De quel empereur voulez-vous parler?
— Parbleu, de celui que nous allons faire.» La vieille poussa un petit éclat de rire.
« Mais, mes enfants, reprit-elle, savez-vous com- ment case fait un empereur"?
— Ou écrit le nom de I.ouis-.N'apoléon Bonaparte sur un petit morceau de papier, et l'affaire est faite.
— Oui-dà, ils disent tous la même chose, le sulfragc universel ! Nous savons bien que le suffrage universel n'est pour rien dans tout cela, nous autres qui en avons fait un d'empereur.
— Vous?
— Cela vous étonne, mes enfants, c'est pourtant comme cela. Moi qrù vous parle, je suis partie comme vivandière lors de la levée en masse, aux cris de vive la République 1 Plus de vingt gars du village sont par- lis en même temps que moi. Nous comptions être de retour après avoir chassé l'étranger, et reprendi-e qui l'aiguille, qui la bêche et la charrue, mais ça n'a pas été fait en un tour de main ; nous nous sommes tant battus qu'il nous a semblé que nous ne pouvions plus faire autre chose. Le drapeau du régiment nous avait fait perdre de vue le clocher du village; nous ne con- naissions plus que notre général , si bien qu'un beau jour nous avons voulu qu'il devint le général des bour- geois conmie le général des soldats, et nous l'avons fait ^ empereur. Nous lui avons donné une couronne eu re- tour de vingt victoires. Voilà, mes enfants, comment se font les empereurs. »
La vieille reprit après un moment de silence : « 11 ne faut pas croire que plus d'une fois nous ne l'ayons regretté. Un empereur, voyez-vous, ça finit par devenir gênant. Il donne des croix, des épauletles , des titres, mais il faut le suivre aujourd'hui, demain, tou- jours; on se bat pour lui , on se fait tuer [lour lui , o
Le Renard et les Uaîï
Oa prétend que Caligula
Fit son cheval consul de Rome.
Quoi d'éloanant.â crlu î Eo France, on va bien au delà; Puisque d'aucuns veulent qu'on nomme, Se basant sur ce précédent, D'une autorité fort antique.
Un âne comme président
De notre jeune République.
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REVUE COMIQUE
n'est plus un lionmic , on n'a plus de patrie. Les an- ciens sentaient cela, quoi qu'on en ait pu dire; Lien souvent pendant les nuits de bivouac, je les voyais tris- tement rangés eu cercle, silencieux et rêveurs. Alors, j'arrivais avec mon rel'raiu : Uin tin tin, soldats, voilà Câlin !
a Les tètes balafrées des grenadiers se levaient vers moi, leurs yeux pensifs s'illuminaient, ils me faisaient une place devant le foyer. C'est que ce n'était pas seu- lement de la liqueur que je leur versais, mais des sou- venirs. Je leur parlais de Marceau, de lioclie, de Kléher, je leur chaulais la Marseillaise, le Chant du ilépart, et tout bas ils répétaient les refrains républicains. Alors on eût vu plus d'un de ces vieux grognards essuyer furtivement sa paupière. Souvenez-vous, jeunes sol- dats, de ces larmes de vos pères. »
l.a voix de l'aïeule sembla s'attendrir.
« Et moi aussi je pleurais, car je me souvenais de celui que j'avais voulu suivre, et qui chantait la Mar- seillaise lorsqu'il tomba frappé dans mes bras sur les rives du Rhin, en criant . Vive la liberté !
« Enfants, croyez-moi , si la grande-armée aimait Catin, c'est ([ue Câlin, c'élail pour elle In P>épul)li(|ue,
c'est-à-dire la jeunesse, l'élan, l'enthousiasme de la patrie et de la liberté, que le fanatisme de la gloire ne remplace jamais. C'est ce que j'aurais voulu dire au chansonnier qui a écrit mon histoire. Pauvre Répu- blique! ils ne l'ont pas revue, les braves qui sont morts ! ils l'auraient saluée et bénie. Ce n'est point de leurs mains mutilées qu'on eût pu attendre un bulletin pour ressusciter le fantôme de l'Empire.
« Soldats, rappelez-vous les paroles de la vivandière : On ne meurt bien que pour la patrie. Je le sais, moi, qui ai recueilli les dernières paroles de tant de vieux combaltanls. Rnvez à leur mémoire et à la jeune Ré- publique ! »
El comme rajeunie par ses souvenirs, la vieille ver- sait d'une main moins tremblante la liqueur aux jeu- nes gens, en répétant d'une voix plus claire et plus ferme : Riu lin tin , soldais , voilà Catin !
Les hôtes lui répondaient en criant : Vive la Répu- blique ! Ce cri lunglemps répélc par l'écho, se perdit enfin avec les pas mesurés des soldats qui disparurent sur la route dans l'ombre du soir.
Réranger, Béranger, ajoutez donc ce dernier couplet à la chanson de (!alin.
LA TOUR DE B.\BEL.
l'n Picard qui était venu d'Amiens pour être socia- liste , prit un cabriolet à l'heure et dit au cocher de le conduire chez M. Lcdru-Rollin.
Il se trouva que le cocher était un citoyen des plus avancés , homme de bon conseil et en état de prendre la parole dans un club, de sorte qu'il recoimut bien vite l'ingénuité du Picard, et tous deux se mirent à disserter chemin faisant, sur l'avenir humanitaire.
— Vous le voyez , dit le Picard , je suis un patriote de bonne volonté qui ne demande qu'à prendre ses grades dans le socialisme ; c'est pourquoi je vais me présenter au citoyen Ledru-Rollm pour qu'il m'impose les mains.
A ces mots le cocher ricanant avec amertume :
— On voit bien, dit-il, que vous arrivez d'Amiens. ne|)uis vingt-quatre heures, il a été reconnu que Lcdi-n- Rollin était un faux frère. Le club Montesquieu l'a signalé hier comme traître à la République ; dans une lettre publiée ce matin par les journaux, le saint Blanqui assure que Ledru-Rollin est un ennemi achar- né du peuple. Aussi vous pensez bien que je ne vous conduirai pas jusqu'à sa porte, mes opinions me le défendent. Descendez ici, vous n'avez guère que deux cents pas à faire dans la rue, et il ne pleut ])resque ])as.
— Je ne descends |)as, s'écria le Picard; je tiens à
avoir ce qu'il y a de mieux porté en socialisme. Puis- que Ledru est un ennemi acharné du peuple, menez- moi chez Proudhon.
En route, le cocher dit au Picard que Proudhon n'aurait peut-être pas le temps de le recevoir, parce qu'il se battait le matin même avec un autre socialiste ; — Je tombe de mon haut, dit le Picard ; les socialistes se battent donc entre eux? Et la fraternité! — Tu raisonnes comme un mouchard , dit le cocher. Le Picard liumi- hé, se rejeta dans le fond du cabriolet et ne souffla mot.
Arrivé chez Proudhon, il le trouva effectivement qui descendait l'escalier avec une boite de pistolets sous le bras.
— Lisez mes livres et mon journal, lui dit le socia- liste en le regardant par dessus l'épaule; au surplus vous avez bien fait de vous adresser à moi ; tout le reste est un amas de crétins. Et il passa sans lui en dire davantage.
Le l'icard se fil alors conduire chez Pierre Leroux.
— Monsieur, lui dit-il, j'arrive d'Amiens pour sa- voir... Pierre Leroux l'interrompit en lui demandant s'il connaissait la triade. Le Picard pensa qu'il s'agis- sait de quelque monument d'Amiens; mais Pierre Le- roux, sans lui laisser le temps de répondre; — Voyez- vous, reprit-il, un cordonnier est un empereur et un
A L'USAGE DES GENS SÉRIEUX.
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l'tiiptM'i'Ui' csl lin cordonnier, c'i'sl la vérilé puro ; (|uaiit .'( l'i'oiitlIiOM on 110 saurait voir vn Ini qii'ini Vandale; mais je vous (|ui(le; on m'attend à un linni|uet oi'i je dois portiM- un toast à saint Crépin.
Le l'ieard avait envie de retourner à Amiens, tepen- ilantil voulut voir M. C.ahet. — l'icard, lui dit M. Ca- liel, je suis sur que Pioudlion, Leroux et (Considérant vous ont dit (pie j'étais un radoteur ; le fait est qu'ils nnt tous les trois perdu la tête; mais je vois bien que votre intention est de vous cnihanjucr pour riearic. Partons, il y a un liacre en bas (]ui nous attend. Le l'icard s'échappa à grande |)eine et arriva dans les bu- reaux de /« Itcfurme, où l'on était en fureur contre la Réjiulilique. Il courut à la IW-imblique où l'on se plai- iinait ainèrenient de la Itoforme.
— Où donc trouvcrai-je la fralernilé? s'écria dou- loureusement le Picard.
— A Vincennes , dit le cocher ; c'est là qu'un trouve
lus vrais amis du peuple. En parlant ainsi il regarda le Picard de travers, paice qu'il le prenait de plus en pins pour un mouchard.
Le Picard courut à Vincennes. Il ne put voir, à la vérilé, Blaïupii, Barbés et llas|)ail , mais on lui apprit que ces trois martyrs habitaient des chambres séparées et qu'ils n'avaient aucun rapport entre eux |)arce qu'ils avaient juré de s'élianjjler réciproquement a la ])remière occasion.
Alors le Picard se fit conduire au chemin de fer du Nord; il paya ÔO francs de cabriolet, et, sans le poste, le cocher qui n'aimait pas les mouchards, l'aurait battu : — 0 socialisme ! s'écria-til, o Proudhon , ô Cabet , ô Pierre Lero\ix, ô Raspail , ô vous tous qui vous déchi- rez à belles dents au nom de la fraternité, je serai des vôtres quand vous aurez échangé un baiser sincère. Il monta dans le wagon qui partait, revint à Amiens el reprit sa profession de fabricant de pâtés.
C. C.
jn — ^ Le retour des cendres de celui-là.
IinVAIlD IlF< ITAI.irNS.
ao ceiiilinrN la livralHon.
Niiiii .mil mil III I II 111,1!,, ,,|JJJII|IIIIII||II|IIII|iII|IIhI.MI'i|Ii ,:! f.'ij')- liU,,!,,; , ,';'*
IIIR nlCIlKMEl', .'>2
M l)l>A.L£,
•ndUlons de la Sonscrîpdon. _ La Rewe com.qoe formera un magnifique volume grand in-8, publié ^n SO livrabons à ^^J^^^^'^ p°f" p°Us 40 ceulimes. -Pour tout ce qui conoerue la direction, écrire (franco) à M. L.becï, au bureau de la Revue, 2, boulevard de.
Italiens
DUMINKHA-r, ijUTSVU, 5», RUB BICHEIIXU.
6« Livraison.
Desâiné pai Otto.
Vovrz de ce dessin (|iiel est le sens prolund : Dansée chapeau fameux, mais qui n'a plus de fond, Si noire République, hélas ! pique nue lèle , Eu passant au travers comine un trait d'arbalète , Aux mains du parti rouge elle tombe d'uji bond ! Oui, bourgeois aveuglés, gent débonnaire au l'ond. On peut vous le prédire, et sans être prophète, Si la Terreur revient, c'est vous qui l'aurez l'aile.
Gravé par Eal'LANt
liqtie' 'le Lacrampb fiU el rom|i..
LA SEMAINE.
— Quoi ! c'est vous?
— Sans doute. N'est-ce point mon tour de vous raconter mes aventures.
— Vos aventures ?
— Certainement.
— Eh bien ! repris-je d'un ton goguenard, voyons vos aventures, ma chère Semaine.
— Eh!... j'ai nommé un président de la Républi- que.
— Et vous appelez cela une aventure?
— Évidemment , puisque c'est une affaire h laquelle le hasard a eu la plus grande part.
I — Je vous passe donc votre aventure présidentielle. Alix autres maintenant.
La Semaine, embarrassée, garda le silence.
— Vous n'avez absolument, ma belle, lui dis-je, que des chiffres à me donner : je connais le résultat général du scrutin, cela me suffit. Allez faire vos ad- ditions ailleurs; j'attendrai la Semaine prochaine pour raconter quelque chose d'amusant à nos lecteurs. 11 faut espérer que d'ici là les événements ne nous man- queront pas.
Ayant dit cela, je poussai la Semaine dernière par les épaules et lui fermai ma porte au nez.
COUP D'OEIL SIR Li; NOIVEAI MINISTÈRE.
Quelle sera la couleur du nouveau ministère? Ques- tion difficile à résoudre, tant l'iiabilelé de ses parrains s'est exercée à fondre en une douteuse combinaison toutes les nuances du prisme parlementaire. Les lis- tes, d'ailleurs, ne sont point closes encore. Chaque jour y apporte quelque modification. Nous avons tant de dévouements à pourvoir ! Toutefois, à en juger par cer- tains choix qu'il est permis de considérer comme défi- nitifs, c'est la teinte ci-devant centre gauche qui do- minera, augmentée d'une nuance de gauche dans la personne du président, adoucie par une addition de lé- gitimisme, corrigée parla présence d'un élément con- servateur. Quant à la République, on en mettra sur l'éliquetle.
Après cela, si le pays se trouve plus mal, la faculté s'en lave les mains. Elle l'aura traité suivant toutes les
règles du codex. C'est l'honorable conducteur d; l'an- cienne opposition conslitulionnclles qui est appelé à couvrir de son nom les actes de l'administration na- poléonienne. 11 y a longtemps que la probité de M. Oïlilon Barrot est affectée au service de chaperon. M. Odiion Barrot sera le chef nominal .sinon réel du cabinet. C'est donc à lui de prendre le pas. Ab j'ove principium.
Hélas ! nous le voyions hier encore, et il nous a sem- blé plus sombre, plus fatidique que jamais. Moins que jamais son front ne se déride ; les noirs pensers et les soins pesants alourdissent ses sourcils contractés. Quel- les préoccupations assiègent son âme inquiète ? Songe- t-il à l'intervalle qui le sépare encore de ce pouvoir convoité pendant dix-huit ans, et qu'il n'atteignit un jour, Tantale politique, que pour le voir emporté loin
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r.EVLE COMIQIE
de ses lèvres par la vague populaire. Son expérience lui ferait-elle redouter une nouvelle déception, quel- que saut de vent semblable ù celui de Février? Ou bien gémirait-il sur le rôle ingrat auquel l'a soumis de tout temps et le soumet encore l'égoïste amitié de son allié, M. Tliiers?
Comme contraste à cette figure désolée, le nouveau ministre de l'intérieur étale sa face épanouie. Pendant longtemps, les électeurs de Montauban (extra-muros) nommèrent à l'unanimité M. de Maleville pour sa taille héroïque, sa physionomie empourprée et sa voix retentissante. Quand M. de Maleville montait sur leslius- tings du Tarn-et-Garonne, il dépassait 'de plusieurs cou- dées le plus haut de ses compétiteurs, et le meeting, enthousiasmé d'une aussi incontestable supériorité, élisait d'acclamation ce magnifique candidat. « C'est le plus bel homme de la Chambre ! » disaient avec or- gueil les électeurs montalbanais admis par la protection de leur député dans les tribunes du palais Bourbon ; et ils emportaient à Caussade la satisfaction d'avoir doté l'ordre de choses d'un de ses plus solides piliers. M. Thiers s'appuyait avec confiance sur le bras de M. de Maleville ; et il s'y appuie probablement au- jourd'hui plus que jamais.
Plus frêle d'aspect, M. Léon Faucher possède, à l'en- droit de l'ancien président du !'=■■ mars, un de ces dé- vouements de longue date, dont la solidité est à l'é- preuve. M. I.éon Faucher, entré dans la politique par la porte du libre échange, ne dissimule nullement son dédain pour les opinions stationnaires de son ancien patron en matière de finances et d'économie. Mais une conformité d'humeur et de vieux liens de subordination en font un de ses séïdes les plus ardents. M. Faucher est de plus un des chicaneurs les plus aigres de la rue de Poitiers. Devant sa dialectique acariâtre, l'enfant prodige de la rue de Poitiers, M. Fresneau, c'est tout dire, est contraint de baisser pavillon. Et depuis le "> mai, il a partagé à l'Assemblée, avec M. de Maleville, le monopole des interruptions passionnées et des ré- criminations amères.
Qui tempérera, dans le cabinet, la fougue juvénile de ces deux ministres introduits, ce nous semble, tout exprès par M. Thiers pour embourber la voiture, comme il le dit patriotiquement? Sera-ce l'honnètc et conciliant M. Drouyn de Lhuys ou le nébuleux M. de Tracy, placé probablement à la marine pour glisser un grain de philosophie dans la discipline de nos esca- dres, où l'on éprouve le besoin de remplacer les coups de garcette par des démonstrations in balordo ?
M. Passy, le financier, apporte ici la panacée à nos finances. Cet ex-conservateur de la monarchie saura- l-il mieux conserver la République?
Devant une nouvelle bataille de Juin, est-ce la ra- pière de M. le général Rulhières qui sauvera la société menacée?
Quant à M. de Falloux, qui représente la liberté de l'enseignement, n'esl-il pas surprenant de voir son nom accolé aux champions de l'Université, aux hommes de cette école soi-disant libérale, qui, dans la dernière Chambre, se montrait moins libérale que M. Guizot?
Certes, si nous étions à la place de M. de Falloux , de M. Drouyn de Lhuys, de SE de Tracy, nous goûte- rions médiocrement de servir ainsi de paravent aux tours de passe-passe de la rue de Poitiers. Nous aimons à croire que M. Odilon Barrot, qui a l'expérience de ces choses, est, au fond, peu flatté de hasarder encore une fois sa main dans les charbons. Les oreilles ne lui tin- tent-elles pas du classique refrain : Sic vos non vo- his?..
Le nouveau cabinet est placé là, dit-on ironique- ment, pour ressuyer les plâtres. C'est un jeu malsain. On y gagne des rhumatismes. Quelque soit le dévoue- ment des hommes qui se sotrt consacrés à cette tâche, nous ne pouvons supposer qu'il aille jusqu'à jouer ainsi leur santé. Qui sait, lorsque la maison sera as- sainie et devenue habitable, s'ils ne se sentiront pas quelque envie d'y rester définitivement? Le tour se- rait charmant et de bonne guerre ! et nous ne serions pas les derniers à en rire aux dépens des chefs ù'em- plois dépossédés de leurs, rôles par leurs doublin-es
LES HOMMES DU LENDEMAIN.
Dans les changements politiques, il y a quelquefois des hommes de la veille ; il y a toujours des hommes du lendemain. Les uns sont exposés à s'entendre re- procher la constance de leurs opinions; les autres ne sont jamais convaincus d'erreur, parce qu'ils se laissent aller au cours des événements. Ceux-là devancent l'ave- nir; ceux-ci attendent le présent.
IjCS circonstances produisent les hommes du lende- main, comme la pluie fait éclorc les grenouilles.
Avant le 10 décembre, ils étaient pleins d'hésita- tion et d'in lilférence ; aujourd'hui, ils chantent vic-
loire, et lèvent les mains au ciel. L'élection est leur ouvrage ; le nouveau Président est selon le vœu de leur cœur ; ils n'ont jamais songé qu'à lui, et bros- sent leurs fracs râpés pour aller réclamer la rétribu- tion de leur zèle. Jls ont tous des titres; ils ont tous lies droits ; ils demandent tous des places, n'en fût-il plus au monde ! Si l'on n'écoute pas leurs conseils; si on ne suit pas leur impulsion; si l'on ne leur confie pas la direction des affaires, nous tombons dans l'abomi- natinn de la désolation. Pauvres gens, qui uni oublié la fable du Coche et de In Mnuehel
« Je ue suis iju'uue femme, une folle, nue buse. »
— Extrait d'un grand journal.
SUR CERTAINE El'lTKU
Enlre tous les journaux qui, chaque jour, énielknl Ces récils mensongers dont le peuple est repu,
La Presse est le plus corrompu.
Vous le voyez : les vers s'y metleut !
AVÈNEMENT.
Desigué par le choix d'une foule égarée, Sur un char triomphal, en costume éclatant; L'héritier d'un grand nom va faire son eulrée. Vous le verrez : le char l'attend !
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REVUE COMIQUE
AU GÉNÉRAL CAVAIGNAC
LA FEMME D l'N DE SES ELE(.TEUI\S.
Mon cher Général,
Vons avez dit le lemleinain des journées de Juin, au moment même où l'AssemJjlée nationale, unanime ce jour-là, avait déclare que vous aviez bien mérité de la patrie, vous avez dit que les républiques étaient ja- louses, vous pouvez ajouter aujourd'hui qu'elles sont ingrates.
En effet, la première ville de France semble avoir
oublié qu'ily acinqmoisà peineellcvousavait proclamé
son sauveur. Qu'avez-vousdoncfait pour ètrcabandonné
parcette ville sans mémoire et trabi par elle aujourd'hui.
Quels sont vos crimes?
Permettez, Général, à une femme, à une Parisienne de vous les dire.
Paris, mon cher Général, nos poêles, nos artistes l'ont toujours représentée sous la figure d'une belle et séduisante femme, pleine de grâce encore plus que de majesté. Vous n'en avez pas jugé ainsi, Général, vous lui avez fait plus d'honneur qu'elle n'en méritait, vous l'avez traitée comme une ville antique, vous l'a- vez forcée au respect, à l'admiration, elle vous a res- pecté, elle vous a honoré; mais, il faut vous le dire, Général, on n'aime pas tout ce qu'on admire, et Paris vous a craint et admiré plus qu'elle n'a pu vous aimer. Paris n'a pas que des vertus, Général, et si bour- geoise qu'on la suppose, elle n'a pas, non plus, que des intérêts. Ses maisons, ses foyers, son honneur, ses biens vous les avez sauvegardés, c'était beaucoup; une autre ville que Paris, une ville sage et sensée eût trouvé que c'était assez, et dans ce jour, jour solennel où elle a dû se donner, se choisir un protecteur, entre vous et tout autre, aucune capitale d'Europe n'eût hésité.
Ce n'est pas Londres , cette fille bien élevée et toujours convenable de l'aristocratique Angleterre; ce n'est pas Vienne, cette Vienne battue et pourtant fidèle, qui, abandonnée de son vieil et imbécile empe- reur, se livre docilement et sur son ordre à un enfant, son neveu; ce n'est pas Berlin, qui garde son roi fantasque, malgré ses représentants eux-mêmes; ce n'est pas Saint-Pétersbourg enfin, qui baise les pieds de son redoutable maître, ce n'est aucune de ces villes qui vous eût préféré votre douteux rival.
Mais Paris est une ville unique, elle ne ressemble à aucune autre: grande et petite tout ensemble, assem- blage bizarre de défauts monstrueux et de magnifiques qualités, quand on a pris toute sa raison, quand on a toute son estime, on ne la possède point encore tout entière, on n'est encore que son frère ou son ami. — Or, Général, Paris est une Parisienne, c'est-à-dire une de ces Françaises qui ne vieillissent pas, et qui, dans un
époux, cherchant surtout un amant, prennent plus vo- lontiers l'amant à part de l'époux que l'époux à part de l'amant, si un miracle ne leur montre pas l'un et l'autre réunis dans un seul.
A qui la ville de Paris vous a-t-elle préféré, mon cher Général. Ne le lui demandez pas. Elle n'en sait rien encore! Ce qu'elle sait, c'est que vous avez eu un tort envers elle ; ce tort, tort léger mais énorme, a été de l'enfermer, sans la consulter, dans le cercle de Po- pilius du mariage quelques jours plus tôt que la chose ne pouvait lui convenir. — Je te donne six semaines, lui avez-vous dit un jour, jour fatal, six semaines pour faire un choix! De ce jour-là, Paris a été perdue pour vous, hélas! et vous avez été perdu pour elle.
Ce qu'il y a de plus féroce au monde, ce n'est ni un tigre, ni une hyène, ni un peuple en furie, ni des sol- dats ivres de poudre et de sang, ni un bourgeois dé- fendant sa propriété, ni un communiste se ruant sur celle des autres, c'est une femme aimable, à qui l'on semble vouloir prendre aujourd'hui ce qu'elle avait résolu de ne livrer que demain. — Vous avez f;iit de Pa- ris, en une journée, cet être implacable. — Dût-elle en mourir, elle devait se venger, — elle s'est vengée!
Que pouvait faire, en effet, cette fille très-fière et un peu folle en présence de deux soupirants, l'un, grand, noble, victorieux sans doute, mais pressé, mais impé- rieux, mais au geste hautain; l'autre, timide, embar- rassé, soumis, prêt à tout, promettant tout, acceptant tous les délais; si ce n'est une sottise?
Cette sottise, Paris l'a faite. — Votre tort a été de ne pas la prévoir, votre faute de ne pas l'éviter. Crai- gnant d'avoir en vous un maître, elle vous a préféré votre rival. —Après tout, s'est-elle dit, c'est un fils de famille, c'est l'héritier d'un grand nom. Je serai nièce d'empereur, et mon nom sera sonore, c'est une aven- ture à courir. Et le oui fatal a été dit.
Plaignez Paris, Général, mais ne vous ne plaignez pas. — Vous auriez été le mari, vous serez... l'amant. Paris était à peine dans la voiture qui la ramenait de l'hôtel de ville avec son nouvel époux, — j'y étais avec elle et j'en parle savamment, — que se prenant pour la première fois peut-être aie considérer sérieuse- ment, un long et significatif soupir sortit de sa poitrine, l'atience donc, Général, le dernier mot d'une femme n'est jamais dit, le divorce est de tradition dans cer- taines familles, un jour viendra oi'i vous aurez à par- donner, pardonnez alors, mais n'oubliez pas. N'ou- bliez pas qu'une fennne, une ville et une nation, se prennent et se prendront toujours par leurs défauts, aussi bien que par leurs qualités.
Vous êtes bien coupable, Général : vous nous avez crus parfaits. Mahie "■.
A L'USAGK DIÎS GENS SIÎRIliUX.
LE (KUOM'I. Vr.lto.X.
Le liiiiil sV'st ri'();in<lii ijuc .M. Vi'iiin tilait un colo- nel en rotiaili', et (lue c'éliiil à lui qu'il fiiliail s'adres- ser |)our obtenir ([iieliiue laveur ili; M. I.ouis IJoria- |)arle.
» M. Véion, nous disait iiier un provincial, est un ancien colonel de cuirassiers misa la demi-solde par les Bourlions en I8iri.
— Vous vous trompez; M. Véron est, au contraire, un ancien pluuinacien qui a inventé la pàte-Ke- gnauld.
— Vous voulez dire la cuirasse-Hegiiauld.
— Qu'est-ce (jue vous ajipelez la cuirasse-Ite- gnauld?
— Une cuirasse d'un nouveau genre, essayée pour la première fois à Wagram, et inventée par Véron, alors simple chef d'escadron. L'Empereuren fut si con- tent, qu'il nomma Véron colonel sur le champ de ba- taille.
— Qui diable a pu vous donner ces renseigne- ments?
— l'arbleu ! tout le monde. Lisez les bulletins de la grande armée, vous y verrez le colonel Véron et ses cuirassiers mis à l'ordre du jour pour s'être couverts de gloire. On dit que sa Mlle va se marier avec M. Louis Bonaparte.
— La fille de qui ?
— Du colonel Véron.
— Mais le colonel Véron, puisque vous y tenez, n'est pas marié.
— Vous voulez dire qu'il est veuf?
— J'entends qu'il n'a jamais eu femme ni enfants.
— La plaisanterie est bonne. Alors, vous prétendez que le colonel n'a pas une fille, la charmante Alina?
— Je soutiens que non.
— Et cette fille n'a peut-être pas été élevée par un ancien maréchal des logis de cuirassiers nommé Brant, qui sauva autrefois la vie à son colonel dans une ba- taille?
— Je n'ai jamais entendu parler de Brant, je ne connais que .Mcrruau.
— l'ossible iiue Brant ne soit qu'un nom de guerre. Merruau, puisque c'est le véritable nom de Brant, après avoir été longtemps le brosseur du colonel et lui avoir sauvé la vie dans une bataille, l'a suivi dans sa re- traite ; et lecolonel, qui le considère comme son ami, lui a confié l'éducation de sa fille, la charmante Mina.
— Et Mina doit épouser Louis Bonaparte, qui de- viendrait ainsi le gendre du colonel Néion?
— On ledit. Fidèle Brant, que tu vas être heu- reux!
— Vous voulez dire Merruau?
— Soit. On m'a montré hier le fidèle Merruau sur le boulevard : quelle belle tète de grognard! Deux ba-
VII' l'OLITIori'. l'T LITTi:il Allli:
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VIPÉIUIN
JOiniNALISTE ET IM)L>Tri|(-;L.
Vipérin vint au monde tout seul.
Recuei li par des perîODnes chaniable?, il voit en rêve son ange gardien.
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hitVes sur h joue et une moustache on broussailles : un vrai dessin de Cliarlet ! Je nie suis laissé dire que Mer- ruau n'avait versé que deux pleurs dans sa vie : ce fut d'abord le jour où il reçut la croix des mains de l'Em- pereur, et, plus lard, lorsque son colonel, qu'il venait de sauver, le serra dans ses bras.
Il versera un troisième pleur, le jour où il si-
o-nera au contrat de mariage de Mina, son élève, avec Louis Bonaparte.
— Je le crois volontiers. Ce mariage est un acte de haute politique, qui fera tomber tous tes bruits qui courent au sujet d'une protendue alliance entre Louis- îsapoléon et l'empereur de Russie. A vrai dire, le pays n'aurait pas vu cette alliance avec plaisir, les Russes ayant toujours été nos ennemis. La campagne de Mos- cou ne nous a point laissé d'agréables souvenirs. « Ils sont là-bas qui dorment sous h neige... »
— Je sais le reste ; mais la dot?
— Quelle dot ?
— Celle que l'empereur Nicolas devait donner à sa nièce.
— Est-ce que vous croyez que le colonel n'a pas de quoi doter richement sa fille? C'est un colonel à la de- mi-solde, il est vrai ; mais quand il vit sa carrière mi-
litaire brisée par la Restauration, il se lança dans l'in- dustrie.
— C'est alors qu'il inventa la pàte-Regnauld?
— Où diable avez-vous pris ce conte? Je vous ai dit que c'était la cuirasse-Regnauld qu'il avait inventée sous l'Empire. Rentré dans la vie privée, il fonda une usine pour la fabrication des cuirasses ; et cette entre- prise réussit. Des dépôts de cuirasses-Regnauld furent établis chez tous les pharmaciens, et ces cuirasses sou- veraines contre les rhumes et les maladies de poitrine eurent un succès prodigieux. Le ciel bénit les efforts du vieux soldat, secondé par le lidèle Merruau, contre- maître de l'usine ; sa iille Mina elle-même tenait les livres de compte. Celte charmante enfant était la pro- vidence des ouvriers ; aussi fallait-il les voir se cotiser tous pour lui acheter un superbe bouquet le jour de sa fête! Aujourd'hui, le colonel Vcron est le plus ri- che industriel de France ; et, certainement, il donnera une dot impériale à sa fille.
— Le fidèle Merruau lui-même n'est pas sans quel- ([iies petites économies, et je suis bien sûr qu'on aura Ibrt à faire pour l'empêcher de les donner à la char- mante Mina. Mais il se fait tard, et je vous quitte pour aller assister à la reprise du Soldat laboureur. »
Comment Vipérin se fit journaliste,
Et passa tonjours pour un homme de mauvaise mine.
A I.ISAf.E DES r.KNS SIIUIKIIX.
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UU.NMiZ-.NUlS IMiNC DES NOUVELI.LS Dl. M.
|»l. (.II'.AI'.IMN.
_ Oii »ont iM «iffleti, «a «orpcnti. !
Qu'est dcvcniiM. (leCiiaidin? QtiedevienlM. de Ci- I raidin? En vain nousle deniandoiisii tous les écliosde ta \ Presse ; le échos sont muets ; la J'ressc ne répond nen .
— Il se fait celer, dit l'un, pour échapper à la cohue des solliciteurs.
— Un autre : il court sur la loule de Saint-Péters- bourg où on l'envoie négocier un grand mariage.
— Bouderait-il par hasard, répliiiue un troisième?
— Quoi, déjà!
Au fait, tandis que les plus obscurs d'entre lesvam- queurssont convoques pour le partage'du butin, seul le rédacteur en chef de lu Presse manque au gala des [uirtefeuilles et des places. C'est à peine, infortuné convive, si la rumeur publique lui a un jour attribue l'héritage de M. Caussidiére; vingt-quatre heures après il n'en était déjà plus question.
Avec le quart d'heure de Rabelais, l'heure des désil- lusions aurait-elle déjà sonné'?
11 est de tels services qu'il devient souvent diflicile de reconnaître. On se sauve alors par l'ingratitude. C'est l'expédient des souverains, peuple ou prince. U
uous plait de von- qu'en l'an de grâce 18iH les bonnes traditions du pouvoir se conservent.
En ce qui touche M. de Girardin, nous ne pensons pas cependant que l'opinion réclame bien fort contre ces réminiscences monarchiques. Si /« Presse n'a pas satisfaction, disait ces jours-ci, avec quelque effroi, un ami de M. L. Bonaparte, elle est capable de recom- mencer contre nous la même cami)agne qu'elle a faite successivement contre M. Guizot, contre le Couverne- ment provisoire, la Commission executive et le géné- ral Cavaignac. — Qu'elle recommence, répondit .me interlocutrice, dont les mâles conseils ne sont point, dit-on, sans quelque influence dans les conciliabules de l'hôtel du Uhin.
Si le futur président, au premier coup de plume, fait jeter le rédacteur de la Presse à Viucennes et, moins clément que son prédécesseur, l'y laisse pendant quatre ans écrire les mémoires d'iin journaliste au secret, croyez-vous qu'il y ait à Paris soixante voix pour pro- tester? Croyez-vous qu'il y en ait vingt? Croyez-vous qu'il y en ait dix?
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El fit sa tétc avec les anciens ami?.
CONFIANCE! CONFIANCE!
Sur le coup de deux heures, Gobseak, N'ucingea , Chaudnreille, i'etitrenard , Leiiipoignas et Hapinaud , les princes de la (inance, firent leur entrée à la Bourse au milieu d'un cortège de courtiers marrons, de prè- teuzs sur gage, d'escompteurs de primes, d'avaleurs de différences et do coulissiers pattus de la grande et de la petite espèce.
Aussitôt il y eut un mouvement extraordinaire au parquet, et les fonds commencèrent à monter.
Grandputois, l'agent de change, échangea un signe avec lioursicot; son collègue, et un effroyable tumulte plongea dans le ravissement la foule grouilianle à l'en- tour de la corbeille. On aurait pu croire que le monu- ment croulait , et que les sculptures détachées de la voùle fendue allaient tomber du haut en bas sur le cinq pour cent. Heureusement le cas a été prévu ; les sculptures sont peintes à la détrempe, et les murs sont à l'épreuve de la hausse. Le bruit de la cave montait jusqu'au grenier , où siège la justice consu- laire, et l'on vit des magistrats quitter leur fauteuil et leur toge pour reprendre leur costume civil de marchands d'huile en gros, d'escompteurs patentés, ou de négociants en peaux de lapin, et aller faire quelque coup de commerce dans les fonds publics avec la dot de leur femme en couverture. — C'était un beau désor- dre, un véritable effet de l'art !
Les fonds montaient.... montaient toujours. Gobseak et Nucingen faisaient cercle au milieu du temple. (Le vieux style revient avec la hausse )
Quanta Chaudoreille et Petitrenai-d, ils circulaient comme deux fouines dans les bas côtés, entraînant sur leur piste des meutes de gobe-mouches la langue pendante.
Lempoignas et Rapinaud , en leur qualité de grands pvopriétaires de primes et de banquiers fonciers, s'étaient mis en lapport direct avec la haute pe^re de l'endroit, comme disent plaisamment les hnanciers du perron de Tortoni, lorsqu'ils sont assez riches pour avoir un peu d'argot.
Ce fut alors que l'on put assister à un spectacle bien fait pour mettre du baume dans l'âme de nos concitoyens, et pour assurer la reprise soudaine du véritable commerce. On a vu dans cette journée favo- rable, reparaître le crédit qui s'était retiré du monde depuis quelque temps. Crédit a mis un habit neuf; — bleu barhot à boutons de métal , basques en queue de morue ; breloques battant sur le devant <i^, la culotte à petit pont, — et deux montres en sautoir comme au jours de suprême élégance du consulat.
Confiance ! confiance! voilà Gobseak et Nucingen qui rassurent les pontes I Allons, messieurs et dames, faites votre argent.
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A L'IISAGF I)KS Cr.NS SKHir.lX.
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— Mon pon ami Cobseiik, dit Nuciiigen ù liaiilc voix, fuitos-fous les bedilcs iiiïaircs?
— Baron, répond C.olisoak d'un air cap.ii)li', j'acliètu LiMil nulle cens de renies! — Puis se i)en(hanl niyslé- rieiiseinenl à l'oreilie de NucingiMi, — Je sais de sdiiiie ceitaine (pie l'on vient de l'aiie une eominande iuipoi-laule de manteaux de cour aux tadieurs de la iiie Neuve Vivieiuie.
— Oli! mon pon ami, s'écrie Nuciuyeu transpoité, i|ue me liles-lbus là!... J'aciiète tout.
Confiance! conliance! — On éloulVe C.obscak cl Nu- cmgen. — Les imbéciles, les aigrelins, aclictcurs, ven- deurs, dupes eldupeurs, joueurs, llàneurs, le paniuel et la coulisse ne sont plus qu'une même coliue.
— Que dit-on? Quoi! Gobseak et Nucingen acbè- Icnl?
— Six mille manteaux de cour chez les tailleurs de la rue Vivienne !
— En vérité ! Boursicot, prenez-moi du cinq!...
— Pu cinq? Qui est-ce qui vend du cinq? au comp- tant? — Le cinq demandé ! — Vendeurs à "otr. — J a- cbète !
I.e cinq monte de ô francs.
A ce moment, un personnage perce la foule. C'est Crocanti, ex-colonel des Cent-Jours si connu à Tor- loni, par sa redingote à poil. Crocanti est l'iiomme des nouvelles, ses relations avec les puissances étrangères et trois danseuses de l'Opéra, en font un oracle : « Eh bien! colonel, quelles nouvelles? — Messieurs, vtve la Colonne! répond le colonel Crocanti en se découvrant avec solennité. »
Ces simples mots produisent un effet d'émotion. Les plus farouches crocodiles se sentent une larme au coin de l'œil. — Confiance! confiance ! le cinq monte à 76. — 1 fr. de hausse-!
Chaudoreille el Petit-Renard ne sont pas gens à ar- rêter le cours du crédit public. — Je tiens de M. de Nucingen, s'écrie Chaudoreille avec son adorable naï- veté, que la garde nationale va être entièrement sup- primée et remplacée par des constables spéciaux qui conduiront le soir avec des lanternes les bourgeois dans les maisons dont ils ne sauraient pas l'adresse. Genre anglais !
Confiance ! confiance ! le cinq monte comme la ri- vière. 1 fr. 50 G. de hausse!
— Je ne sais pas trop, continue Petit-Renard, si je puis sans indiscrétion vous faire part d'une confidence que je tiens de quelques-uns de ces messieurs de la rue de Poitiers qui font des affaires ici. Il parait qu'il n'y aura plus de journaux: on est décidé à s'en passer.
Plus de journaux! confiance! confiance! — On se précipite sur les coupons. — Encore t fr. de hausse.
Vous savez, ditRapinaud dans un autre groupe,
que nous nous débarrassons de l'Algérie. Mon Dieu oui, on va la donner aux Anglais, c'est bon pour eux ! Plus d'Algérie! confiance ! et 50 c. de hausse.
liant el le plu»
Fout d'idées ! — Mais c'est toujours de farine.
Confiance I confiance
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— C'est incontcstableinentaux curés, insinue Lein pei- gnas à plusieurs financiers dévots, que nous devons Télec- tion : quand ils le voudront, ils feront nommer Henri V.
Confiance! confiance! notre belle France n'a point cessé d'èlre catholique ! — 5 fr. de hausse! — Si rheure de la clôture n'avait pas sonné, on ne sait où la hausse se serait arrêtée.
Gobseak, iNuciiigen et leurs amis, très-satisfaits de la journée, s'en allaient en assurant avec autorité que le
futur président était résolu à ne plus jamais laisser baisser les fonds. — Sur la dernière marche, le baron heurta le petit jière Lavcrtu, cet imbécile qui escompte à 4 p. 100 , qui ne prend qu'un demi de commission, et ne joue jamais. — Et pien, mon prave homme, lui dit-il, vous n'affre bas fait de bedites affaires.
— Eh ! eh! répondit le père Lavertu, je me réserve pour le jour oii vos bonnes nouvelles seront vraies; la rente vaudra cent sous, j'achèterai au comptant.
LA DISCORDE AU CAMP D'AGRAMANï
Nous serions-nous trompés avec tant d'autres? Celui qu'on traitait d'àne chargé de reiiquesaurait-il l'heu- reuse opiniâtreté d'un mulet? Tiré à droite par les lé- gitimistes, moins à droite par les Orléanistes, refuse-t-il de monter tout à fait sur la Colonne à la place de son oncle? Aurait-il la raison, ou l'entèlenient, comme quelques-uns de ses faux amis le disent, de comprendre que le seul parti en France qui puisse n'être ni jaloux de lui, ni dangereux pour lui ; qui ne puisse être l'en- nemi dans sa personne que de l'empereur, c'est préci- sément ce parti qu'il est supposé avoir vaincu?
Tels sont pourtant les bruits qui courent.
On assure que la guerre est dans le camp d'Agra- mant: M. ïhiers boude : le Constitutionnel lui est enlevé; les légitimistes sont furieux ; le prétendant s'a- vise de prendre son rôle de président au sérieux. —
KEB ACTION.
Résolu de se contenter du certain, il recule devant l'in- certain, c'est-à-dire